Nduhungirehe identifie les obstacles qui freinent la mise en oeuvre des accords entre le Rwanda et la RDC
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Nduhungirehe identifie les obstacles qui freinent la mise en oeuvre des accords entre le Rwanda et la RDC

Emmanuel KANAMUGIRE

November 2, 2025

Le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a identifié les principaux facteurs qui, selon lui, démontrent que la République démocratique du Congo (RDC) continue de violer les engagements pris dans le cadre des accords de paix signés à Washington D.C.

Dans une interview accordée à TV5 Monde, le ministre a affirmé que les discussions de Washington progressent positivement, mais que les actions du gouvernement congolais vont à l’encontre de ces engagements, notamment à travers des violations répétées du cessez-le-feu.

Nduhungirehe a cité la montée des discours de haine visant les Tutsis rwandophones, la reprise de la collaboration entre Kinshasa et des mercenaires étrangers, la poursuite des combats et la coopération militaire accrue entre la RDC et le Burundi.

« Les discussions à Washington avancent bien, mais sur le terrain, les forces congolaises continuent de violer le cessez-le-feu. On observe également une recrudescence des propos haineux à l’encontre des Congolais rwandophones, dont les Banyamulenge », a déclaré le ministre.

Le recours à des mercenaires et à l’armée burundaise

Selon lui, la RDC emploie actuellement des mercenaires étrangers, dont des Colombiens liés à la société Blackwater, en violation du droit international, et a déployé plus de 14 000 soldats burundais dans différentes zones du Sud-Kivu.

« Ces troupes burundaises encerclent les Banyamulenge et créent une crise humanitaire grave », a-t-il ajouté.

L’homme politique congolais Moïse Nyarugabo a d’ailleurs affirmé récemment que l’armée burundaise a établi plus de 70 positions militaires autour des localités banyamulenge, avec, selon lui, l’intention de les exterminer.

Le Mahoro Peace Foundation, une ONG de défense des droits des Banyamulenge, a adressé le 22 octobre une lettre ouverte à l’ONU et à l’Union africaine, les appelant à intervenir d’urgence pour prévenir un risque imminent de génocide.

« Des informations crédibles provenant des autorités locales indiquent que l’armée burundaise (FDNB) encercle actuellement plusieurs villages banyamulenge, et que le danger d’une extermination similaire ou pire que celle de Gatumba se rapproche », prévient l’organisation.

Le non-respect des engagements sur les réfugiés et la coopération économique

Signés le 27 juin 2025 à Washington avec la médiation des États-Unis, les accords de paix prévoyaient notamment la dissolution du groupe terroriste FDLR, la fin des provocations militaires, le rapatriement des réfugiés, ainsi que le renforcement de la coopération économique bilatérale.

Cependant, Nduhungirehe estime que la RDC n’a pas respecté plusieurs de ces engagements.

« Depuis janvier, le Rwanda a accueilli plus de 5 000 réfugiés rwandais venus de la RDC. En revanche, Kinshasa refuse toujours de rapatrier plus de 80 000 réfugiés congolais vivant au Rwanda », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que la RDC met en doute la nationalité de ses propres citoyens réfugiés, affirmant « ne pas être certaine qu’ils soient de véritables Congolais ».

Le ministre a également révélé que la délégation congolaise a refusé de signer un protocole de coopération économique à Washington, le 3 octobre, sur instruction du président Félix Tshisekedi, alors qu’elle avait déjà approuvé les dispositions du projet.

Ce projet d’accord prévoyait une coopération bilatérale dans les domaines de l’exploitation minière, de la construction du barrage Rusizi III, du commerce transfrontalier, des infrastructures partagées, de la préservation des parcs naturels et du développement du secteur de la santé.

La lutte contre la FDLR reste au point mort

Le 10 octobre, l’armée congolaise avait publié un communiqué demandant aux combattants du FDLR de déposer les armes et de se rendre aux autorités ou à la MONUSCO pour être rapatriés au Rwanda, conformément au plan d’opération (CONOPS) signé en octobre 2024.

Nduhungirehe a salué cette annonce comme « un pas positif », tout en soulignant que seules des actions concrètes permettront de juger de la sincérité de Kinshasa.

« Ce communiqué ne suffit pas. Il faut des résultats concrets. Le plan de Washington appelle à une destruction effective de la FDLR. Sans mise en œuvre, il ne s’agit que de paroles », a-t-il insisté.

Des accusations récurrentes contre le Rwanda

Les accords de Washington stipulent que les deux pays doivent éviter toute provocation afin de favoriser un climat de confiance propice à la paix et au développement durable.
Cependant, Nduhungirehe affirme que la RDC continue de cibler le Rwanda dans ses déclarations officielles.

Il cite notamment la conférence sur la sécurité régionale tenue à Paris, le 30 octobre, où le président Félix Tshisekedi, au lieu de se concentrer sur les questions humanitaires, thème principal du sommet, a préféré accuser le Rwanda.

Le ministre a réaffirmé la volonté du Rwanda de respecter les accords de paix et de favoriser un dialogue constructif, tout en appelant la communauté internationale à faire pression sur Kinshasa pour qu’elle cesse les provocations et respecte ses engagements.

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