L’appel à la réouverture de l’aéroport de Goma jugé inopportun dans l’instabilité
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L’appel à la réouverture de l’aéroport de Goma jugé inopportun dans l’instabilité

Noel KAMBANDA

November 4, 2025

Alors que certains milieux diplomatiques et humanitaires plaident pour la réouverture de l’aéroport international de Goma afin de faciliter la circulation des biens et des secours, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer une initiative jugée prématurée, voire dangereuse.

Cette position s’appuie sur une situation sécuritaire gravement détériorée dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), marquée par des frappes aériennes, des attaques de drones et la destruction d’aéronefs humanitaires.

Le 30 juin 2025, un drame humanitaire a frappé les hauts plateaux du Sud-Kivu. Un drone armé appartenant aux FARDC (Forces armées de la RDC) a visé un petit avion humanitaire transportant des produits pharmaceutiques destinés aux structures sanitaires locales. L’appareil, entièrement incendié après l’impact, transportait des médicaments essentiels pour des hôpitaux confrontés à une pénurie aiguë.

L’attaque a coûté la vie à un enfant Munyamulenge, identifié sous le nom de Bisetsa Byibagiza Ndasumbwa, victime de l’explosion.

Cet incident, largement condamné par des organisations locales de défense des droits humains, constitue une violation grave du droit international humanitaire, notamment des Conventions de Genève qui protègent les missions médicales en zone de conflit.

Les observateurs estiment que cette frappe ne peut être qualifiée d’«erreur militaire», mais s’inscrit dans une stratégie délibérée d’asphyxie humanitaire dans les zones habitées par les Banyamulenge, minorité tutsie congolaise fréquemment ciblée depuis plusieurs années.

Depuis 2017, la communauté Banyamulenge subit une campagne de violences systématiques menées par des groupes armés Maï-Maï Wazalendo, parfois en coordination avec les FARDC. Ces milices, qui prônent une « région sans Tutsi », s’en prennent aux villages, écoles et structures sanitaires fréquentées par cette communauté. Le bilan de ces attaques est accablant: plus de 1 000 morts, 2 000 personnes enlevées, des centaines portées disparues et environ 400 000 têtes de bétail pillées ou abattues.

Les milices Maï-Maï accusent les ONG humanitaires de soutenir les Banyamulenge et ont déjà intercepté des véhicules de Médecins du Monde et d’autres organisations. Des familles entières ont été empêchées d’accéder aux soins médicaux à Uvira et dans les zones voisines, tandis que certaines structures de santé ont été incendiées pour avoir soigné des civils Banyamulenge.

Les discours de haine, ouvertement relayés par des personnalités politiques comme Justin Bitakwira ou Muhindo Nzangi, continuent d’alimenter cette violence. Ces propos extrémistes, hérités d’une idéologie anti-tutsie, participent à la déshumanisation de toute une communauté et servent de justification aux exactions collectives.

Les récentes frappes des drones et avions militaires FARDC, parfois pilotés selon certaines sources par des mercenaires européens, ont visé des villages civils majoritairement banyamulenge à Minembwe et dans les hauts plateaux. Ces opérations aériennes ont pour objectif apparent de faciliter l’avancée des forces alliées – Maï-Maï, FDLR et unités burundaises – dans des zones où vivent encore des populations tutsies congolaises.

Aucune opération de ce type n’a jamais été engagée par le gouvernement congolais contre les groupes armés Maï-Maï eux-mêmes, malgré leurs crimes massifs contre les civils.

Dans ce contexte, réouvrir l’aéroport international de Goma serait non seulement inopportun, mais aussi irresponsable. Selon plusieurs observateurs régionaux, la RDC viole ses propres engagements de cessez-le-feu tout en poursuivant une solution militaire à un conflit essentiellement politique.

L’espace aérien au-dessus des zones libérées a été fermé par le gouvernement congolais, permettant à ses drones et avions de frapper impunément les civils. Il n’existe aucune urgence humanitaire justifiant la réouverture immédiate de cet aéroport, contrairement à ce que prétendent certains acteurs.

Plusieurs ONG humanitaires, déjà critiquées pour avoir indirectement soutenu la survie de groupes armés comme le FDLR, risquent de relancer des circuits d’approvisionnement qui prolongeraient le conflit. Enfin, la France, qui soutient timidement cette initiative, ne devrait pas se laisser influencer par des lobbys humanitaires souvent liés à des réseaux économiques profitant de la crise.

La communauté internationale est appelée à ne pas récompenser un régime qui viole le droit humanitaire et continue de cibler des populations civiles sous prétexte de lutte contre des «envahisseurs». Plutôt qu’une réouverture symbolique de Goma, les efforts diplomatiques devraient viser la protection des civils, la liberté des opérations humanitaires neutres, et la fin des bombardements contre des villages Banyamulenge.

Le silence et l’inaction face à ces attaques risquent d’être interprétés comme une complicité tacite dans une entreprise de purification ethnique lente mais déterminée.

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