Fils de Habyarimana sanctifie le diable, la vérité remet les pendules à l’heure
Au Rwanda

Fils de Habyarimana sanctifie le diable, la vérité remet les pendules à l’heure

La Nouvelle Releve

November 6, 2025

Depuis quelque temps, le fils de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, Habyarimana Léon connu sur X sous le nom de @haby_haby2, tente désespérément de réhabiliter l’image déchue de son père. 

Il présente son régime comme celui d’un pays «en paix avec lui-même», uni, respecté, soucieux du bien-être de ses citoyens. Une telle affirmation n’est pas seulement fausse: c’est une insulte à la vérité historique et à la mémoire des victimes.

Car le régime de Juvénal Habyarimana n’a jamais été un modèle de paix ou d’unité. Il a été un régime totalitaire, discriminatoire, violent et profondément oppressif, qui a mené la société rwandaise vers le Génocide contre les Tutsi en 1994. Son règne a commencé dans le sang et s’est terminé dans le sang.

Dès février-mars 1973, avant même d’arriver officiellement au pouvoir, Habyarimana participe à l’expulsion de 1 600 à 2 000 Tutsi des écoles, des universités, et des emplois publics et privés. 

Cet acte, connu sous le nom de «Déguerpissement», a été l’une des premières étapes de la politique d’exclusion systématique qui culminera vingt ans plus tard dans le génocide.

Après son coup d’État du 5 juillet 1973, il arrête plus de 70 dignitaires du régime Kayibanda. Ces derniers sont emprisonnés dans des conditions inhumaines, torturés, affamés, et éliminés sans procès. 

Leurs familles, plus de cinquante ans plus tard, ne savent toujours pas où se trouvent leurs dépouilles. Même le président Grégoire Kayibanda et son épouse Vérédiane Mukagatare ne seront pas épargnés : Habyarimana les fera enfermer, affamer et mourir dans l’isolement. Voilà la réalité du prétendu «dirigeant pacifique».

Les persécutions ne se limitaient pas aux élites politiques. Les familles des personnes en exil, comme celle du colonel Alexis Kanyarengwe, furent harcelées, emprisonnées et condamnées sans fondement, simplement pour avoir gardé des liens familiaux. La peur, la surveillance et la répression formaient l’ossature du régime.

Quant à l’«unité nationale» que son fils tente de glorifier, elle n’a jamais existé sous Habyarimana. Les Tutsi étaient exclus systématiquement de l’éducation, de l’emploi, de l’administration et de l’armée. 

À l’université nationale, entre 1974 et 1977, sur 501 diplômés, seuls 21 étaient Tutsi. Dans les institutions publiques, leur présence était limitée par des quotas humiliants, souvent même non appliqués. 

Dans l’armée, il était interdit à un officier d’épouser une femme tutsie : il fallait une enquête de sécurité pour vérifier les origines de la future épouse. L’État organisait et surveillait la discrimination jusque dans la vie intime des citoyens.

Les Tutsi en exil, eux, étaient déchus de leurs droits et de leurs biens par décret présidentiel. On allait jusqu’à les accuser d’être « responsables de leur propre malheur » pour justifier leur exclusion. 

Les autorités locales avaient l’ordre de vendre leurs biens ou de les attribuer à d’autres. C’était une politique délibérée de bannissement national. Voilà la réalité que le fils de Juvénal Habyarimana voudrait effacer.

Cependant, l’histoire n’est pas façonnée par les tweets nostalgiques des héritiers d’un système criminel. Elle est écrite par les faits, les témoignages, les archives, les tombes, les cicatrices, et la mémoire de ceux qui ont survécu.

Celui qui cherche aujourd’hui à sanctifier son père ne fait pas que nier l’histoire : il prépare le terrain à la relativisation du génocide. Et cela, personne ne peut l’accepter.

La vérité demeure : le régime d’Habyarimana n’a jamais été un modèle de paix, mais l’un des régimes les plus oppressifs de l’Afrique contemporaine, celui qui a mené son peuple à la catastrophe absolue.

La mémoire ne se blanchit pas.

La vérité ne se réécrit pas.

L’histoire ne se falsifie pas.

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