Dans un entretien accordé à Radio France Internationale (RFI), le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a rappelé que la paix entre le Rwanda et la RDC n’est pas en négociation mais déjà formalisée. « La paix a déjà été signée le 27 juin à Washington », a-t-il affirmé, précisant que plusieurs réunions techniques ont déjà eu lieu entre les deux pays dans le cadre du mécanisme conjoint de coordination sécuritaire.
Pour le ministre, le principal obstacle à la mise en œuvre de l’accord se trouve sur le terrain, où les engagements ne sont pas respectés. Il évoque notamment « des bombardements quotidiens par des avions de chasse et des drones de l’armée congolaise », qui visent non seulement les positions du AFC/M23, mais également des villages habités par des communautés banyamulenge et tutsies du Sud-Kivu. Selon lui, ces actions constituent des violations répétées du cessez-le-feu et s’inscrivent dans un contexte de montée dangereuse des discours de haine contre ces populations.
Le ministre a insisté sur le point central du désaccord : la neutralisation des FDLR, un groupe armé composé de responsables et d’idéologues du génocide contre les Tutsi en 1994. Kigali accuse Kinshasa de continuer à collaborer avec ce mouvement. « Les FDLR sont toujours intégrés dans l’armée congolaise et soutenus par Kinshasa », a-t-il déploré, estimant que la RDC ne respecte pas les engagements pris dans l’accord de Washington. Il souligne que ce dernier ne prévoit pas seulement une cartographie des FDLR, mais leur neutralisation effective.
Olivier Nduhungirehe a réaffirmé la position du Rwanda : toutes les mesures de défense prises sur le territoire congolais seront levées lorsque les FDLR auront été neutralisés conformément à l’accord. Il estime qu’une telle évolution pourrait intervenir rapidement si la volonté politique est au rendez-vous.
Sur la question humanitaire, et notamment la fermeture de l’aéroport de Goma, le ministre renvoie aux discussions en cours dans le cadre du processus de Doha. Il rappelle que le Rwanda, depuis la crise récente, a ouvert ses frontières pour faciliter l’aide humanitaire, accueillant réfugiés, militaires des FARDC et même mercenaires en déroute.
Enfin, le ministre a jugé contradictoire la demande de sanctions formulée par la ministre congolaise des Affaires étrangères contre Kigali. Selon lui, il est incohérent de menacer de sanctions un pays avec lequel un accord de paix vient d’être signé, appelant plutôt la RDC à respecter ses engagements pour consolider la paix fragile dans la région des Grands Lacs.