Le Président Paul Kagame, dans une interview accordée à Al Jazeera, a livré une analyse profonde et directe sur le moment historique que représente la Déclaration de paix signée à Washington entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC), ainsi que sur les causes persistantes du conflit et les perspectives réelles de paix.
Kagame souligne que jamais auparavant les dirigeants des deux pays n’avaient bénéficié d’un tel niveau d’attention, d’énergie et de pression positive de la part d’un partenaire international majeur. Pour la première fois, le processus aborde les dimensions politiques, sécuritaires et économiques comme un bloc cohérent, en mettant au centre les racines profondes du conflit.
Le président rwandais critique les approches occidentales traditionnelles, souvent fondées sur des discours théoriques, qui n’ont pas apporté d’améliorations tangibles aux populations. Il affirme préférer des démarches pragmatiques, mesurables et orientées vers les résultats, comme celle appliquée actuellement à Washington.
Kagame a également tenu à rétablir une vérité : ce n’est pas le Rwanda qui s’est éloigné des initiatives africaines. C’est le président Tshisekedi lui-même qui a demandé l’ouverture des processus parallèles de Doha et de Washington. Il rappelle que Doha traite des questions internes entre Kinshasa et l’AFC/M23, tandis que Washington se concentre sur les questions bilatérales Rwanda–RDC et les engagements régionaux. Cette séparation a permis d’éviter les manipulations et de garantir que tous les enjeux essentiels soient examinés.
Malgré la signature imminente, Kagame demeure lucide. Il rappelle les nombreux cas où la RDC a signé un accord avant de se contredire dès le lendemain. Pour lui, la signature constitue une première étape indispensable, mais la suite dépendra de la volonté de respecter les engagements, avec l’appui continu du Qatar et des États-Unis.
Le Président Kagame a profité de l’entretien pour clarifier un sujet sensible : les accusations selon lesquelles le Rwanda réexporterait les minerais de la RDC. He a rappelé que le Rwanda est producteur légitime de tungstène, d’étain, de tantale et d’autres minerais stratégiques, citant notamment les travaux d’une entreprise américaine comme Trinity Metals. Selon lui, certains acteurs internationaux persistent dans des accusations infondées pour masquer leur propre rôle dans le soutien historique au FDLR.
Interrogé sur le rôle du président Trump, Kagame reconnaît son engagement, sa volonté de résultats et son pragmatisme, soulignant que cette approche pourrait favoriser des avancées inédites. Mais il insiste : la résolution durable du conflit dépend d’abord des responsabilités africaines, non du médiateur.
Il conclut sur une note d’espoir vigilant. Cette initiative offre, selon lui, une occasion rare pour l’Est de la RDC, le Rwanda et la région des Grands Lacs. La clé résidera désormais dans la transformation de cette signature en actions concrètes, crédibles et durables.