À l’approche de la fin de l’année, cela fait presque un an que le mouvement M23 a capturé des villes de Goma, dans le territoire de Nyiragongo au Nord-Kivu, et de Bukavu au Sud-Kivu. Il s’agit d’une étape majeure dans le conflit que le M23 dit mener pour se défendre contre les attaques de la coalition des FARDC visant les Congolais Rwandophones dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Selon Albert Rudatsimburwa, analyste politique de la région des Grands Lacs, la guerre menée par le M23 a débuté en novembre 2021, lorsque le groupe a été attaqué par les FARDC alors qu’il était basé à Cyanzu, dans la région de Runyoni.
À cette époque, le M23 se trouvait à Kinshasa depuis quatorze mois et collaborait avec le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Ensemble, ils envisageaient la création d’une nouvelle armée, le président n’ayant pas confiance en celle héritée de Joseph Kabila.
Rudatsimburwa précise qu’il n’existait pas encore d’Alliance Fleuve Congo (AFC) et que les membres concernés faisaient toujours partie du M23. Ils auraient travaillé avec le président Tshisekedi pendant quatorze mois, avant qu’on ne leur demande de rentrer chez eux, avec la promesse d’être rappelés ultérieurement.
« Quatre années se sont écoulées depuis. Ils ont été attaqués alors qu’ils n’ont cessé de répéter qu’ils ne voulaient pas la guerre. Ils demandaient l’ouverture de pourparlers et de négociations. Finalement, ils ont pris Bunagana et poursuivent leur combat, mais personne ne voulait les écouter. Le président Tshisekedi, au lieu de dialoguer avec eux, a continué de les qualifier de Rwandais, en ignorant le fait qu’ils sont Congolais », explique-t-il.
Il affirme que le président Tshisekedi savait pertinemment qu’ils étaient Congolais, même avant son investiture officielle par Corneille Nangaa. Malgré cela, il a persisté dans ce discours et a commencé à recruter des groupes Maï-Maï. Alors qu’au début de son premier mandat il existait une vingtaine de groupes armés, on en compterait aujourd’hui plus de 200, tous apparus sous sa présidence dans le but de combattre le M23.
Selon l’analyste, le gouvernement congolais avait accepté certains engagements avec le M23 avant de leur demander de rentrer chez eux.
Et pour poursuivre: « Tshisekedi se méfiait de l’armée laissée par Kabila et a commencé à nommer ses propres hommes, majoritairement issus de la communauté luba, pour affirmer son autorité. Il a décrété l’état de siège dans toute la province du Nord-Kivu et déclaré qu’il resterait à Goma jusqu’au rétablissement de la paix et à la neutralisation des groupes armés. Mais il a échoué. »

Rudatsimburwa rappelle qu’avant son accession à la présidence, Félix Tshisekedi était peu connu dans les cercles politiques. Même Étienne Tshisekedi, son père, l’avait vivement critiqué, allant jusqu’à affirmer que son fils n’était pas apte à diriger son parti.
Ce n’est qu’après le décès de son père que sa mère le fit revenir de Bruxelles. Félix Tshisekedi n’avait pas grandi en Afrique, étant arrivé en Belgique comme réfugié à l’âge de 16 ans dans les années 1980, en raison de l’opposition de son père au régime de Mobutu Sese Seko.
Durant ces années, Tshisekedi aurait vécu à Matonge, en Belgique, entouré de personnes ayant de nombreux démêlés avec la justice. Rudatsimburwa affirme que certains de ses collaborateurs faisaient l’objet de poursuites judiciaires connues des autorités belges.
Après la mort de Mobutu, ses partisans en Belgique, ainsi que certains membres de la communauté luba, auraient commencé à manifester de l’hostilité envers les Rwandais et les Congolais parlant le Kinyarwanda dans la région du Kivu.
Pendant ce temps, le M23 continuait d’appeler à des négociations, tandis que le gouvernement poursuivait les offensives militaires, ce qui aurait renforcé le mouvement et facilité sa prise de contrôle de vastes territoires, jusqu’à Goma.
Pour faire face à l’insécurité, la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) est intervenue en RDC à la suite de l’adhésion du pays, acceptée par le président Tshisekedi. Toutefois, selon Rudatsimburwa, cette intervention a échoué, car le président congolais voulait que la CAE combatte directement le M23, ce qui ne relevait pas de son mandat.
Il ajoute que le président Tshisekedi était prêt à intégrer les FDLR [composées de groupes impliqués dans le génocide perpetré contre les Tutsis] au sein des FARDC afin de lutter contre le M23.
Dans l’esprit de certains dirigeants congolais, vaincre ceux qu’ils qualifient de « Rwandais » était perçu comme une démonstration de force et un moyen d’assurer la continuité du pouvoir luba.
Lors du premier sommet des chefs d’État à Nairobi, le président rwandais Paul Kagame a demandé à Tshisekedi si ceux qui le combattaient n’étaient pas Congolais. Tshisekedi l’a reconnu publiquement.
« Il sait qu’ils sont Congolais, mais il change constamment de position. Il signe des accords puis se rétracte. Il pense que la taille du Congo et son économie lui permettent d’imposer sa volonté ».
Selon Rudatsimburwa, l’objectif de la CAE était avant tout de sécuriser les frontières et d’empêcher les combats, mais le président Tshisekedi a rejeté cette approche, souhaitant une solution militaire contre le M23.
Alors que le M23 gagnait en influence, d’autres figures politiques ont émergé, dont Corneille Nangaa, ancien président de la commission électorale. Celui-ci aurait observé que le M23 s’organisait politiquement au sein de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), tandis que l’armée demeurait l’élément central du mouvement.
Après l’échec de la CAE, Tshisekedi s’est tourné vers la SADC, qui aurait refusé une coopération effective, tout en autorisant certaines exploitations minières. Il aurait ensuite fait appel à des mercenaires européens, sans résultat.
Rudatsimburwa rappelle également que, durant sa campagne pour un second mandat, Tshisekedi avait évoqué la possibilité de demander au Parlement l’autorisation de bombarder le Rwanda. Il conteste la régularité des élections, affirmant que celles-ci ne se sont pas tenues partout et que la communauté internationale en est consciente.
Enfin, il revient sur les origines du M23, liées aux accords du 23 mars 2009 entre le gouvernement congolais et le CNDP, qui prévoyaient notamment l’intégration des combattants dans les FARDC et le retour des réfugiés. L’arrestation réclamée de Bosco Ntaganda aurait été l’élément déclencheur de la reprise du conflit.
L’objectif est de faire taire les armes
Aujourd’hui, alors que les combats se poursuivent au Sud-Kivu, les dirigeants de la coalition AFC/M23 affirment que leur objectif n’est pas de conquérir la ville d’Uvira mais de faire taire les armes.
Le Dr Freddy Kaniki Rukema, président de la faction MRDP-Twirwaneho et directeur adjoint de l’AFC chargé de l’économie et des finances, affirme que leurs positions ont été régulièrement bombardées pendant les négociations et que les civils ont également été pris pour cible.
« Nous avons signé un accord de cessez-le-feu et demandé l’intervention de forces étrangères, mais le gouvernement congolais a rejeté cette option », conclut-il.