Comment les FDLR ont instrumentalisé la religion pour maintenir leurs combattants dans la forêt
Politique

Comment les FDLR ont instrumentalisé la religion pour maintenir leurs combattants dans la forêt

La Nouvelle Releve

January 2, 2026

Dans un témoignage rare et détaillé, le Major (Rtd) Anastase Makuza explique comment les FDLR ont utilisé l’idéologie religieuse comme un outil central de contrôle, de manipulation et de mobilisation de leurs combattants maintenus dans les forêts de la République démocratique du Congo.

Anastase Makuza est issu de la 67ᵉ promotion de mobilisation des ex-combattants, encadrée par la Commission rwandaise pour la démobilisation et la réintégration des anciens combattants (RDRC). Son parcours militaire débute avant le génocide : en 1990, il suit une formation de commandement à Bigogwe. En 1994, il est premier sergent, avant de poursuivre sa carrière militaire au sein des groupes armés opérant en RDC. En 1999, il fréquente l’Ecole Superieur Militaire des FDLR.

En 2001, lors des attaques lancées contre le Rwanda, il est alors sous-lieutenant et opère sous le commandement du colonel Habimana, connu sous le nom de Bemera, qui dirige l’opération dite « Oracle du Seigneur ». Cette offensive se solde par un échec majeur : le colonel Bemera est capturé par les Forces de défense du Rwanda (RDF) dès le lancement de l’attaque, en 2001.

Au sein des FDLR, Anastase Makuza occupe des fonctions sensibles. Il est à la fois responsable des communications militaires et chef du groupe de prières du président des FDLR, le général-major Victor Byiringiro. À ce titre, il est au cœur d’un système où la religion est structurée et utilisée comme un pilier stratégique du mouvement, au même titre que les volets militaire et politique.

Selon son témoignage, la prière constituait l’un des trois piliers fondamentaux des FDLR : militaire, politique et religieux. Ce pilier religieux n’avait rien de spontané. Les messages étaient soigneusement élaborés par les responsables militaires et politiques, puis transmis au groupe de prières, qui les présentait aux combattants comme des révélations divines. Certains soldats étaient sélectionnés à l’avance pour mémoriser ces messages et les réciter publiquement lors des rassemblements, en affirmant qu’ils provenaient directement de Dieu.

Cette mise en scène visait à convaincre les combattants que leur lutte armée était soutenue par une volonté divine. Les soldats croyaient ainsi qu’ils exécutaient une mission sacrée, ce qui expliquait leur endurance et leur détermination, malgré des conditions de vie extrêmement difficiles. L’idéologie enseignée affirmait que le Rwanda était occupé par des personnes qui ne leur étaient pas apparentées, mélangeant discours politique, identitaire et religieux.

La réalité quotidienne en RDC était pourtant marquée par une vie de combats permanents, la précarité, l’absence d’accès à l’éducation pour les enfants et l’impossibilité de bénéficier de soins de santé. Face à ces difficultés, lorsque certains combattants commencèrent à écouter leurs familles qui les encourageaient à rentrer au Rwanda, la direction des FDLR réagit en renforçant encore davantage le discours religieux.

Les soldats étaient alors persuadés que Dieu leur promettait, à terme, des maisons et des terres gratuites. Cette promesse, présentée comme divine, explique pourquoi certains combattants restent encore aujourd’hui attachés au mouvement, dans l’attente de la réalisation de ce qu’ils considèrent comme une prophétie.

Les dirigeants des FDLR imposaient également des règles strictes, notamment l’interdiction de se marier. Le mariage et la consommation d’alcool étaient décrits comme des péchés susceptibles d’empêcher l’accomplissement du « message de Dieu ». Après l’échec de l’opération « Oracle du Seigneur » et la capture du colonel Bemera, les chefs des FDLR refusèrent toute autocritique militaire. Ils accusèrent plutôt les combattants d’avoir désobéi aux règles religieuses, affirmant que la défaite était la conséquence directe de ces manquements.

Les soldats furent alors contraints d’observer une semaine entière de prières et de pénitence, afin de demander le pardon divin. À l’issue de cette période, un nouveau message, à nouveau présenté comme venant de Dieu, leur annonçait que le pardon avait été accordé et qu’il était désormais possible de préparer une nouvelle attaque.

Avant son retour volontaire au Rwanda, Anastase Makuza confie qu’il craignait la manière dont il serait accueilli par ceux qu’il avait combattus. Contrairement à ses craintes, il affirme avoir été accueilli chaleureusement par les RDF à la frontière, avant de passer par les camps d’ingando. Après cette étape, il a été réintégré dans la société rwandaise, suivi par les institutions compétentes, et exerce aujourd’hui des responsabilités locales dans le district de Musanze, là oú IL represente Ngali Holdings.

Dans son message final, il appelle les jeunes combattants des FDLR à abandonner la lutte armée et à rentrer au Rwanda pour reconstruire une nouvelle vie. Aux officiers supérieurs encore actifs dans le mouvement, il rappelle que leur défaite, notamment à Goma, devrait servir de leçon définitive, tant sur le plan militaire que sur l’instrumentalisation de la religion à des fins de guerre.

le Major (Rtd) Anastase Makuza

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