‎La guerre dite « Kanyarwanda », comment Tshisekedi a remis le Congo à la Belgique – Entretien avec le Dr Balinda
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‎La guerre dite « Kanyarwanda », comment Tshisekedi a remis le Congo à la Belgique – Entretien avec le Dr Balinda

La Nouvelle Releve

January 3, 2026

‎Dans un entretien exclusif accordé à Imvaho Nshya, le porte-parole adjoint du M23 chargé des affaires politiques, le Dr Oscar Balinda, est revenu sur plusieurs sujets, dont la guerre dite « Kanyarwanda » de 1964, qui visait à persécuter les Congolais parlant la langue kinyarwanda.

‎Il a également évoqué le régime du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, qu’il accuse d’avoir remis le pays sous l’influence de la Belgique, ancienne puissance coloniale de la République démocratique du Congo avant 1960.

‎Abordant le conflit que l’alliance AFC/M23 poursuit dans l’Est du Congo, le Dr Balinda a expliqué que l’objectif n’est pas de conquérir des territoires, mais que le mouvement a été contraint par des facteurs indépendants de sa volonté à se retrouver dans des zones habitées par des populations en grande détresse, afin d’y intervenir pour des raisons humanitaires.

‎« Ce sont les habitants eux-mêmes qui nous disent : merci d’être venus, vous nous avez libérés, nous étions dans une situation terrible, on nous tuait, on nous pillait, on nous dépouillait », déclare-t-il.

‎Il affirme que les populations sont persécutées et que la sécurité dans la région s’est gravement dégradée depuis 1994, année où les auteurs du génocide ont traversé la frontière et ont été accueillis avec complaisance au sein du pouvoir congolais. Selon lui, cela fait trente ans qu’ils exercent une influence déterminante et, jusqu’à aujourd’hui, ils contrôlent toutes les institutions de Kinshasa.

La conférence de Berlin de 1885 a conduit à l’établissement de frontières artificielles, traçant une ligne qui a séparé des peuples frères.

‎Il souligne que les volcans du Nyiragongo sont restés du côté congolais, alors qu’aucune langue au monde, en dehors du kinyarwanda, ne possède le préfixe « Nyiri ».

‎Il poursuit en disant : « Partout où nous combattons, c’est notre terre ancestrale. La guerre que nous menons aujourd’hui a une raison d’être : rétablir la paix et la sécurité dans ces régions, que les Interahamwe et les ex-FAR ont envahies et totalement dévastées.

‎Nous voulons qu’ils retournent chez eux et que nos réfugiés puissent rentrer et retrouver leurs terres ancestrales. Les FDLR, un groupe composé de responsables du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, constituent un problème extrêmement grave. »

‎La direction du M23 affirme que, si les FDLR n’étaient pas présents sur le territoire congolais, les Congolais seraient capables de résoudre eux-mêmes leurs problèmes internes.

‎L’exemple cité est celui de la période de l’indépendance de la République démocratique du Congo en 1960 : quatre ans plus tard, en 1964, éclate la guerre dite « Kanyarwanda », un conflit interne entre Congolais qui fut résolu par eux-mêmes.

‎Il explique :« En 1964, il y a eu une guerre appelée Kanyarwanda, c’est-à-dire une campagne visant à expulser les Rwandais. Mais à cette époque, nous nous sommes assis ensemble et avons réglé nos différends en tant que Congolais, puis nous avons recommencé à vivre ensemble.

‎Cela s’est produit au Nord-Kivu avec le Kanyarwanda, et aussi chez les Banyamulenge à Minembwe, où il y a eu ce qu’on appelait “Murere”, une tentative de les chasser. Ils ont été sauvés grâce à leur union et à la création d’un groupe appelé “Guerriers”, c’est-à-dire des combattants, qui fut la première forme d’autodéfense cette même année 1964. »

‎Bien qu’ils n’aient pas bénéficié des mêmes conditions que les autres Congolais, ils ont néanmoins réussi à survivre et à progresser.

‎Le Dr Oscar Balinda témoigne à titre personnel : il a étudié à l’université du Congo grâce à une bourse de l’État. Des avions financés par l’État l’emmenaient de Goma à Lubumbashi, puis à Kinshasa. Ils vivaient comme tous les autres Congolais, jusqu’à ce que la situation se détériore sous le régime de Mobutu.

‎Il affirme que des organisations telles que les MAGRIVI (Mouvement des agriculteurs de Virunga) ont commencé à diffuser des idéologies fondées sur la division communautaire.

Selon lui, à leur arrivée dans l’Est de la RDC, des éléments Interahamwe et ex-FAR auraient propagé des messages hostiles au sein des communautés hutues locales, les incitant à rejeter d’autres groupes. Il soutient que ces tensions auraient entraîné des violences, des pertes humaines et des déplacements forcés, les survivants ayant trouvé refuge dans des camps au Rwanda.

Le Dr Balinda explique que l’alliance AFC/M23 affirme poursuivre un objectif de cohésion nationale, estimant que la réconciliation devrait d’abord s’opérer au sein des communautés partageant une même langue et une histoire commune, tout en reconnaissant leur contribution à la société congolaise.

Le porte-parole adjoint du M23 chargé des affaires politiques, le Dr Oscar Balinda

‎Concernant le processus de paix, l’alliance dit placer sa confiance dans les accords de Doha, évoquant des avancées jugées significatives.

Le 19 juillet 2025, un accord-cadre visant à rétablir la confiance entre les parties engagées dans les négociations a été signé. Un autre accord, portant sur la libération de détenus, a été conclu le 14 septembre 2025.

Selon Dr Balinda, sa mise en œuvre relève actuellement du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), chargé d’en assurer le suivi et d’en rendre compte.

‎Il souligne que le dialogue demeure, selon lui, un levier essentiel pour progresser vers une solution durable. Il rappelle qu’un accord de cessez-le-feu a été signé en octobre de la même année, tout en évoquant un manque de volonté politique de la part de l’une des parties prenantes. Il estime toutefois que, dès lors qu’une volonté commune se manifestera, le processus pourrait s’accélérer.

‎Du côté de l’AFC/M23, plusieurs mesures auraient été prises pour traduire les engagements de Doha en actes. Le Dr Balinda cite notamment le transfert de 1 400 soldats des forces armées congolaises, qui se trouvaient dans une base de la MONUSCO à Goma, vers les autorités militaires congolaises dans des zones contrôlées par le gouvernement, avec l’appui du CICR.


‎Pour illustrer ce qu’il présente comme une volonté de dialogue, il évoque la prise de la ville de Bunagana, dans le Nord-Kivu, le 13 juin 2022. Selon lui, le mouvement aurait alors appelé les autorités de Kinshasa à engager des discussions, sans succès.

‎Il affirme que des contacts auraient été établis avec les autorités congolaises, y compris après l’accession du président Félix Tshisekedi au pouvoir, par l’envoi de délégations pendant plus d’un an. Il soutient que le contrôle de Bunagana n’était pas un objectif en soi, mais un moyen de pression, cette localité étant décrite comme un point stratégique pour les échanges commerciaux et le transit de ressources minières.

‎Toujours selon Dr Balinda, des propositions auraient été faites pour restituer la ville en échange de l’ouverture de négociations. Il rappelle enfin que le président Tshisekedi avait publiquement exclu toute discussion avec le M23, avant de conclure que la persévérance dans la recherche du dialogue demeure, selon lui, indispensable pour parvenir à une issue politique.

‎Le pouvoir de Kinshasa a remis le pays à la Belgique

‎Le Dr Oscar Balinda, a déclaré qu’après l’accession de la République démocratique du Congo à l’indépendance, la RDC aurait choisi, selon lui, de replacer le pays sous l’influence de l’ancienne puissance coloniale.

‎Il fonde cette affirmation sur l’origine de certains armements utilisés dans la province du Sud-Kivu ainsi que sur des orientations politiques qu’il estime dictées par les autorités belges.

‎« À Kamanyola et à Katogota, il y avait beaucoup d’équipements, dont certains fournis par la Belgique. Nous en avons récupéré encore emballés. La Belgique leur a fourni du matériel ; une partie a même été retrouvée dans une école à Ruvungi, encore scellée dans des caisses”, a-t-il affirmé.

“‎L’autre raison principale, c’est que dès son arrivée au pouvoir, Tshisekedi a, selon nous, remis le Congo à la Belgique. Tout ce que le pays possédait est, d’une certaine manière, retourné à l’ancienne puissance coloniale, et toute la politique congolaise suivrait désormais les orientations belges.

‎Les luttes menées pour l’indépendance de ce pays auraient ainsi été vaines. Il aurait replacé le Congo entre les mains des anciens colonisateurs. Nous serions revenus à la situation de 1958, lorsque les populations se battaient encore pour l’indépendance. »

‎Le Dr Balinda a par ailleurs assuré à Imvaho Nshya que les membres du M23 ne sont pas des Rwandais, contrairement à ce qu’affirment certains responsables politiques congolais. Il soutient que l’alliance AFC/M23 est composée de représentants de toutes les communautés de la République démocratique du Congo.

‎Il précise que le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, est originaire de Kisangani ; que le porte-parole militaire, le colonel Willy Ngoma, vient de la région de Matadi, dans l’ouest du pays ; que Laurence Kanyuka est originaire du Kasaï, et que le coordonnateur adjoint de l’AFC et président du M23, Bertrand Bisimwa, est originaire de Bukavu et appartient à la communauté des Bashi.


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