FDLR : quand de fausses prophéties servaient à exploiter et contrôler les combattants
Politique

FDLR : quand de fausses prophéties servaient à exploiter et contrôler les combattants

La Nouvelle Releve

January 16, 2026

Trois mois après leur démobilisation, 143 anciens combattants de la 75ᵉ vague ont rencontré hier la Présidente de la Commission Rwandaise de Démobilisation et de Réintégration (CRDR) , Valerie Nyirahabineza, le Vice-Président Maj Gen (Rtd) Jack Nziza, les Commissaires ainsi que les autorités du District de Rubavu.

 Cette session d’échange a permis d’évaluer leur réintégration : mise en pratique des compétences acquises à Mutobo, utilisation du capital de démarrage, opportunités de service dans l’administration locale et la réserve, parcours de reconstruction sociale et défis persistants.

Pour beaucoup, ces trois mois relèvent du miracle. Nés dans les forêts de l’est de la RDC, enrôlés de force très jeunes au sein des FDLR, ils ont grandi dans l’endoctrinement, la haine et la privation.

Aujourd’hui, ils entament une alphabétisation de base, apprennent à lire et à écrire, et témoignent d’une renaissance : « Nous sommes nés une seconde fois. »

Leurs récits convergent sur un point central : l’exploitation systématique des combattants par leurs commandants, fondée sur une idéologie religieuse fabriquée.

La religion comme arme de contrôle

Le témoignage de l’ancien Major (Rtd) Anastase Makuza, qui a fait défection en 2020, éclaire le mécanisme. Chargé des communications militaires et des prières au cabinet du président des FDLR, Maj Gen Victor Byiringiro, Makuza décrit une organisation où la religion n’était pas accessoire, mais un pilier stratégique, au même titre que le militaire et le politique.

Ancien sous-officier avant 1994, formé au commandement à Bigogwe en 1990, puis engagé successivement dans l’ALiR et les FDLR, Anastase Makuza se trouvait au cœur du système. Selon lui, les messages “divins” étaient élaborés par les chefs militaires et politiques, puis transmis à un groupe de prière chargé de les présenter comme des révélations venues de Dieu. Des combattants triés sur le volet apprenaient ces messages par cœur et les récitaient publiquement lors des rassemblements, affirmant qu’ils provenaient directement du ciel.

Cette mise en scène visait à convaincre les soldats qu’ils menaient une mission sacrée. La croyance en un soutien divin expliquait leur endurance malgré des conditions de vie extrêmes : combats permanents, faim, absence d’éducation pour les enfants et inexistence de soins de santé.

Les anciens combattants racontent comment cette « théologie de guerre » servait aussi à les dépouiller. Le mariage et la consommation d’alcool étaient interdits, présentés comme des péchés capables d’annuler la « promesse de Dieu ». Posséder des biens personnels était découragé. Les minerais, le bétail et les biens pillés aux populations congolaises ne leur appartenaient jamais : tout était confisqué et acheminé vers les commandants.

Lorsque des familles tentaient de convaincre leurs proches de rentrer au Rwanda, la direction des FDLR intensifiait l’endoctrinement. Les combattants se voyaient promettre, au nom de Dieu, des maisons et des terres gratuites dans l’avenir. Cette promesse, présentée comme prophétique, maintient encore aujourd’hui certains membres dans l’attente d’un accomplissement illusoire.

L’échec militaire maquillé en faute religieuse

L’épisode de l’opération « Oracle of the Lord » en 2001 illustre l’instrumentalisation extrême de la foi. Cette offensive majeure contre le Rwanda s’est soldée par un échec retentissant : le commandant de l’opération, le Colonel Habimana alias Bemera, fut capturé dès le début par les Forces de Défense du Rwanda (RDF).

Plutôt que d’assumer une erreur militaire, les dirigeants des FDLR ont accusé les combattants d’avoir désobéi aux règles religieuses. La défaite aurait été, selon eux, la conséquence directe de ces « péchés ». Les soldats furent alors contraints à une semaine entière de prières et de repentance. À l’issue de cette période, un nouveau message, encore présenté comme divin , annonçait le pardon et autorisait la préparation d’une nouvelle attaque.

Aujourd’hui, les jeunes de la 75ᵉ vague mesurent l’ampleur de la tromperie. Ils parlent d’années de servitude, d’une foi dévoyée utilisée pour justifier la violence, l’exploitation et le pillage. Leur réintégration marque une rupture nette avec cette idéologie : la haine n’est plus une fatalité, l’ignorance non plus.

Apprendre à lire, à travailler, à participer à la vie citoyenne , voilà désormais leur horizon. Pour eux, ces trois mois hors des forêts de la RDC ne sont pas seulement une transition : ils sont la preuve qu’on peut sortir d’une fausse prophétie et retrouver sa dignité humaine.

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