Depuis plusieurs années, la diplomatie congolaise semble avoir fait de l’opposition systématique au Rwanda un axe central de son action sur la scène internationale. Qu’il s’agisse de candidatures à des postes stratégiques, de l’organisation de grands événements internationaux ou de forums multilatéraux, Kinshasa adopte une posture constante : contrer Kigali, parfois plus pour des raisons politiques que pour des considérations institutionnelles objectives.
La récente initiative des autorités congolaises visant à s’opposer à la reconduction de Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) illustre parfaitement cette dynamique. Alors que le Rwanda soutient la candidature de sa diplomate pour un troisième mandat lors du prochain sommet de l’OIF à Phnom Penh, Kinshasa envisage de présenter un candidat congolais, non pas tant pour promouvoir une vision alternative de la Francophonie, mais clairement pour faire échec à Kigali sur le terrain diplomatique.
Officiellement, les autorités congolaises accusent la Secrétaire générale de l’OIF d’user de sa position pour défendre les intérêts rwandais, notamment en lien avec la crise sécuritaire dans l’est de la RDC et la rébellion du M23. Toutefois, cette accusation s’inscrit dans un narratif plus large, régulièrement relayé par Kinshasa dans presque toutes les tribunes internationales : celui d’un Rwanda présenté comme responsable principal des échecs sécuritaires, politiques et militaires congolais.
Cette rhétorique est devenue récurrente lors des assemblées de l’ONU, des sommets régionaux, des conférences internationales et même dans des espaces qui, à l’origine, ne sont pas dédiés aux questions sécuritaires. Le discours congolais y est souvent centré sur la dénonciation du Rwanda, parfois au détriment d’une introspection sur les défis internes de gouvernance, de réforme de l’armée ou de cohésion nationale.
La volonté du président Félix Tshisekedi de soutenir une candidature congolaise à la tête de l’OIF s’inscrit dans cette logique de contre-candidature stratégique. Parmi les noms évoqués figure Isidore Kwandja Ngembo, figure connue de la Francophonie, notamment pour son rôle dans l’organisation des Jeux de la Francophonie à Kinshasa en 2023.
Mais au-delà des profils, la démarche interroge : la RDC agit-elle pour renforcer les institutions internationales ou pour régler des contentieux bilatéraux par procuration diplomatique ? Cette stratégie de confrontation permanente donne l’image d’une diplomatie davantage préoccupée par la rivalité régionale que par la construction d’alliances positives et de projets fédérateurs.
Instrumentalisation des forums internationaux
Plus largement, Kigali accuse Kinshasa d’instrumentaliser les enceintes internationales pour détourner l’attention de ses propres responsabilités dans la crise de l’est du pays. À chaque revers militaire, à chaque difficulté interne, le Rwanda devient le sujet central du discours congolais, présenté comme le coupable commode de problèmes structurels anciens et complexes.
Cette attitude, selon plusieurs observateurs diplomatiques, finit par lasser certains partenaires internationaux, qui perçoivent une confusion entre plaidoyer diplomatique légitime et campagne de dénigrement systématique.
Si l’opposition au Rwanda peut, à court terme, servir des objectifs politiques internes en RDC, elle comporte aussi des risques : affaiblissement de la crédibilité diplomatique, politisation excessive des organisations multilatérales et marginalisation progressive de Kinshasa dans certains cercles décisionnels.
À l’inverse, le Rwanda continue de miser sur une diplomatie proactive, axée sur la visibilité internationale, l’accueil d’événements majeurs et la présence de ses ressortissants à des postes stratégiques, malgré les campagnes de contestation menées contre lui.
En définitive, la question reste ouverte : la RDC gagnera-t-elle davantage à s’opposer au Rwanda partout, ou à se concentrer sur la résolution de ses propres défis internes ? Pour l’instant, le choix de Kinshasa semble clairement pencher vers la première option.