Le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean Damascène Bizimana, a salué avec force la décision du Mécanisme international résiduel pour les Tribunaux pénaux refusant la libération anticipée d’Alfred Musema, ancien directeur général de l’usine à thé de Gisovu, condamné à la prison à perpétuité pour génocide et crimes contre l’humanité.
Selon le ministre Bizimana, cette décision marque un retour salutaire au respect de la justice, de la mémoire des victimes et de la gravité des crimes commis lors du génocide contre les Tutsi en 1994.
« Le refus de la libération anticipée d’Alfred Musema honore la justice internationale. Il rappelle que les crimes de génocide ne sauraient être banalisés ni relativisés par des décisions complaisantes », a déclaré le ministre.
Cette prise de position intervient alors que le Rwanda continue de dénoncer les décisions controversées prises par le passé sous la présidence du juge Theodor Meron, ancien président du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et du Mécanisme résiduel. Nommé en 2012, Meron s’est illustré par une série de décisions ayant profondément choqué les rescapés et les défenseurs de la justice, notamment par des acquittements en appel et des réductions massives de peines accordées à des génocidaires lourdement condamnés en première instance.
Sous sa présidence, des figures majeures du génocide telles que Justin Mugenzi, Prosper Mugiraneza, Protais Zigiranyirazo, mais aussi Théoneste Bagosora, Anatole Nsengiyumva ou encore Ferdinand Nahimana, ont vu leurs peines réduites ou annulées, ouvrant la voie à des libérations anticipées qui ont laissé un profond traumatisme au sein des victimes.
Le ministre Bizimana rappelle que ces pratiques ont gravement porté atteinte à la crédibilité de la justice internationale.
« La justice ne peut être dissociée de la mémoire et de la dignité des victimes. Les décisions d’hier ont souvent été perçues comme un mépris de la souffrance des rescapés », a-t-il souligné.
Depuis le départ à la retraite du juge Meron en 2018, un changement de cap est observé. Son successeur, le juge Carmel Agius, a rapidement mis fin à ces dérives. En septembre 2020, il a rejeté la demande de libération anticipée de Laurent Semanza, en invoquant explicitement la gravité exceptionnelle des crimes commis.
Dans la même logique, la juge Graciela Gatti Santana a récemment rejeté la demande d’Alfred Musema, rappelant que ce dernier, personnalité influente dans la préfecture de Kibuye, aurait pu empêcher les massacres de Tutsi à Gisovu et Bisesero, mais y a au contraire activement participé. Musema a été reconnu coupable de génocide, extermination, viol et crimes contre l’humanité.
Pour le ministre Bizimana, cette décision constitue un message clair :
« Les auteurs du génocide doivent comprendre que la peine prononcée est le minimum face à l’horreur des crimes commis. Achever sa peine n’est pas une option, c’est une exigence de justice ».
Il a conclu en remerciant les juges du Mécanisme résiduel qui, par leurs décisions, contribuent à consolider la paix, l’unité nationale et la mémoire du génocide, tout en mettant fin à une époque marquée par ce qu’il qualifie de justice dévoyée et arrogante.