Uvira, Sud-Kivu – Le retrait soudain des rebelles de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a plongé les civils dans une situation d’extrême vulnérabilité. C’est ce que révèle un rapport publié le 20 janvier par Human Rights Watch (HRW), qui met en garde contre de graves risques d’abus perpétrés par les milices Wazalendo soutenues par Kinshasa.
Selon HRW, le départ de l’AFC/M23 le 17 janvier a immédiatement ravivé les craintes de représailles ciblant les Banyamulenge, des Congolais tutsi originaires du Sud-Kivu. Ces peurs ont poussé de nombreuses familles à fuir la ville.
Des sources locales indiquent que plus de 300 familles tutsi congolaises, principalement Banyamulenge — soit plus de 1 000 hommes, femmes et enfants — ont quitté Uvira, affirmant être menacées de violences ciblées par la coalition des forces armées congolaises (FARDC) et des milices Wazalendo. Ces dernières, aux côtés des troupes régulières, sont revenues dans la ville dans la nuit du 18 janvier, soit un jour après le retrait total de l’AFC/M23.
Human Rights Watch rappelle que les milices Wazalendo ont un long passé d’exactions contre les civils dans les zones qu’elles contrôlent.
« La simple présence des forces congolaises ne suffira pas à protéger les civils si elles continuent d’assister ou de tolérer des milices abusives », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse principale de HRW pour la région des Grands Lacs.
L’organisation affirme avoir documenté, à travers des témoignages et des photos et vidéos vérifiées, des pillages généralisés après le retrait de l’AFC/M23. Les maisons, commerces, églises et bâtiments publics — principalement ceux appartenant à la communauté banyamulenge — ont été pris pour cibles.
HRW indique avoir géolocalisé des vidéos montrant des combattants Wazalendo, parfois déguisés en civils, pillant notamment le tribunal d’Uvira, une église méthodiste utilisée par la communauté banyamulenge, un restaurant, un bâtiment administratif ainsi que le port de Kalundu.
Des habitants ont également signalé de nombreux blessés, tandis que HRW dit enquêter sur des informations crédibles faisant état de civils tués depuis le retrait des rebelles.
« Nous sommes inquiets pour notre sécurité », a confié un habitant d’Uvira à HRW. « Des soldats ou des Wazalendo circulent, demandent les téléphones des gens et tirent sur eux. »
Le rapport souligne par ailleurs que des milices Wazalendo auraient empêché des civils de fuir vers les Hauts Plateaux, une région montagneuse couvrant des parties des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira, soulevant de sérieuses inquiétudes quant à la liberté de circulation et à la sécurité des populations.
HRW rappelle qu’en 2025, des soldats congolais et des combattants Wazalendo ont procédé à des exécutions sommaires de civils et commis des violences sexuelles dans le Sud-Kivu. Avant même la prise temporaire d’Uvira par l’AFC/M23 en décembre 2025, les Banyamulenge faisaient déjà face à des actes de harcèlement, de menaces, d’enlèvements et à des restrictions d’accès aux services de base.
Si Kinshasa affirme régulièrement que les Wazalendo appuient les FARDC dans leur lutte contre l’AFC/M23, les événements d’Uvira — comme ailleurs au Nord et au Sud-Kivu — illustrent les dangers majeurs posés par des groupes armés opérant sans commandement effectif, discipline ni mécanismes de redevabilité.
Human Rights Watch exhorte le gouvernement congolais à déployer des forces de sécurité dûment sélectionnées et formées, capables de restaurer l’ordre et de protéger les civils. L’organisation appelle également à des enquêtes rapides, impartiales et à des poursuites judiciaires équitables contre les responsables de crimes.
Dans un communiqué daté du 15 janvier, l’AFC/M23 a déclaré être prêt à remettre Uvira à « la communauté internationale » et a demandé au secrétaire général des Nations unies de déployer une force neutre.
La mission de maintien de la paix de l’ONU en RDC, MONUSCO, s’est totalement retirée du Sud-Kivu le 30 juin 2024. Toutefois, une résolution du Conseil de sécurité adoptée en décembre 2025 autorise la mission à reprendre, sous conditions, des activités limitées de surveillance et de vérification du cessez-le-feu dans la province.
HRW appelle la MONUSCO à déployer rapidement des experts en droits humains et en protection des civils à Uvira, et à travailler avec les autorités congolaises pour évaluer les risques et contrôler les unités militaires déployées sur le terrain.
Enfin, l’organisation exhorte l’Union européenne, l’Union africaine et les États-Unis à faire pression sur les gouvernements du Burundi et de la RDC afin que la protection des civils devienne une priorité. Elle demande également à la communauté internationale d’imposer de nouvelles sanctions ciblées contre les responsables militaires et civils congolais impliqués ou complices de violations du droit international.