Le Dessus des Cartes : Une coordination sécuritaire parfaitement assumée.
Politique

Le Dessus des Cartes : Une coordination sécuritaire parfaitement assumée.

Daniel Le Scornet

January 28, 2026

‎‎Le 22 janvier, l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, Mathilde Mukantabana, a déclaré « afin d’assurer la confiance par la transparence » que le Rwanda participe à une coordination sécuritaire avec l’AFC/M23.

‎Il ne s’agit pas d’une rupture, mais d’une mise en cohérence entre le discours et la réalité. Depuis des années, Kigali affirme que ses mesures de défense aux frontières avec la RDC ne répondent qu’à un impératif de sécurité. Cet impératif demeure tant que, de l’autre côté de la frontière, des groupes armés, milices et supplétifs en alliance officielle avec les FARDC revendiquent ouvertement des projets de violence transfrontalière, adossés à des rhétoriques de persécution ethno-politique. Là où l’État se dissout, les frontières cessent d’être des lignes juridiques : elles redeviennent des zones de survie.

Même Human Rights Watch, rarement suspect de complaisance envers Kigali, documente encore récemment que le repli de l’AFC/M23 d’Uvira a été suivi d’exactions graves contre des civils banyamulenge par des milices Wazalendo supplétives de l’armée congolaise. Dans le même temps, des prises de parole publiques de responsables militaires et politiques congolais ont repris des formulations qui rappellent les pires registres de stigmatisation collective. Deux faits, parmi d’autres, qui suffisent à comprendre ce que le Rwanda nomme « mesures de défense ».

Sur le terrain, un constat s’impose : dans les territoires administrés de facto par l’AFC/M23 le régime sécuritaire a changé de nature. On ne peut plus feindre de ne pas voir la différence. Les civils, eux, la voient. Les atteintes quotidiennes aux biens et aux personnes ont cessé. Les milices et les FDLR ont été repoussés. Les risques majeurs pour les civils proviennent désormais des bombardements et représailles ouvertement revendiqués par les FARDC et alliés. Forces pourtant tenues à un cessez-le-feu à la suite d’accords que les tuteurs internationaux et leurs médias peinent, pour le moins, à circonscrire, à en dénoncer les violations.

Certes, la sécurité ne fait pas le bonheur. Mais sans sécurité, rien n’est possible : ni retour des déplacés, ni école, ni justice. Cela vaut à l’intérieur des territoires comme aux frontières. Il est donc naturel que le Rwanda ait une coordination sécuritaire avec la RDC lorsque celle-ci s’avère possible et efficace. Le Rwanda ne demande pas autre chose à la RDC. C’est aux Congolais, et à eux seuls, de définir les conditions intérieures permettant de consolider dans le temps cette entente sécurisée aux frontières. 

Est-ce “conforme” au droit international de se coordonner avec une administration non reconnue ? C’est une relation fonctionnelle de sécurité, une pratique que la coutume internationale admet depuis longtemps lorsque la fiction juridique devient un alibi pour l’insécurité. La coutume ne sacralise pas le chaos : elle consacre la primauté de la sécurité effective lorsque l’ordre formel a disparu.

L’honnêteté, le bon sens et la transparence sont les piliers de la confiance. Dire, comme le fait Patrick Muyaya, que « ceux qui rejoignent l’AFC/M23 rejoignent le Rwanda », ce n’est pas éclairer le réel : c’est persister à manipuler le dessous des cartes.

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