Louise Mushikiwabo candidate à un troisième mandat à la tête de l’OIF : entre bilan, ambitions et tensions diplomatiques
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Louise Mushikiwabo candidate à un troisième mandat à la tête de l’OIF : entre bilan, ambitions et tensions diplomatiques

La Nouvelle Releve

February 11, 2026

La Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo, est officiellement candidate à un troisième mandat à la tête de l’institution. En poste depuis 2018, la diplomate rwandaise affirme vouloir poursuivre la transformation engagée et amplifier plusieurs programmes stratégiques. Son annonce intervient à dix mois du prochain Sommet de la Francophonie prévu à Phnom Penh, au Cambodge, dans un contexte diplomatique marqué par des tensions, notamment avec la République démocratique du Congo.

Dans une interview accordée à Jeune Afrique, elle déclare : « Je pense avoir encore beaucoup de choses à apporter à l’OIF », justifiant ainsi sa décision de briguer un nouveau mandat. À 64 ans, celle qui dirige l’organisation depuis fin 2018 et qui a été réélue en 2022 estime que son expérience et la dynamique enclenchée au cours des deux premiers mandats méritent d’être consolidées.

À son arrivée à la tête de l’OIF, Louise Mushikiwabo avait fait de la réforme interne une priorité. Elle explique que son premier mandat a été essentiellement consacré à la transformation de la gouvernance, à la modernisation administrative et à la rationalisation des mécanismes d’évaluation. La pandémie de Covid-19, survenue peu après sa prise de fonctions, a bouleversé le calendrier international mais aurait également permis, selon elle, de revoir certaines pratiques et de renforcer l’efficacité interne de l’organisation.

Son second mandat a porté davantage sur la mise en œuvre concrète des réformes engagées. Elle met en avant des avancées en matière de décentralisation, d’évaluation des programmes et de performance institutionnelle. L’une des évolutions notables concerne les finances de l’organisation. Les contributions statutaires des États membres, qui n’avaient pas été révisées depuis treize ans, ont été augmentées. Plusieurs pays, dont le Vietnam, l’Égypte, Djibouti et le Rwanda, ont significativement relevé leur participation. Les arriérés de paiement auraient également diminué par rapport à la situation observée en 2018.

La Secrétaire générale souligne également l’autorisation obtenue pour diversifier les sources de financement de l’OIF. Des partenariats avec des banques de développement et certains acteurs privés doivent permettre d’élargir la portée de programmes phares, notamment dans le domaine du numérique. Le programme D-Clic, dédié à la formation des jeunes aux métiers numériques, devrait ainsi passer de 20 000 à plus de 100 000 bénéficiaires grâce à un cofinancement avec la Banque africaine de développement. Pour Louise Mushikiwabo, cette diversification est indispensable afin de permettre à l’OIF de renforcer son autonomie financière et d’accroître son impact.

Sur le plan politique, elle défend ce qu’elle qualifie de « diplomatie de confiance ». L’OIF, selon elle, privilégie une approche discrète, respectueuse de la souveraineté des États et axée sur l’accompagnement plutôt que sur la confrontation. Elle rappelle que l’organisation intervient dans les processus électoraux uniquement lorsqu’elle est invitée à le faire et dans le respect strict de ses textes fondateurs. Face à la multiplication des coups d’État en Afrique ces dernières années, l’OIF a été amenée à examiner ses mécanismes de suspension et d’accompagnement des transitions, tout en veillant à rester fidèle à ses principes.

Cependant, cette candidature à un troisième mandat ne se déroule pas dans un climat apaisé. La République démocratique du Congo et le Burundi ont exprimé des réserves, et Kinshasa envisagerait de présenter un candidat alternatif. Dans le contexte des tensions persistantes entre le Rwanda et la RDC, la présence d’une Rwandaise à la tête de l’OIF est perçue par certains comme problématique. Louise Mushikiwabo affirme anticiper cette opposition et considère qu’une compétition est saine pour l’organisation. Elle rappelle que les candidatures sont individuelles et non nationales, et que les États membres auront à faire leur choix en toute souveraineté.

Elle déplore néanmoins que des différends bilatéraux puissent influencer les dynamiques multilatérales. Selon elle, l’OIF doit rester un espace de dialogue et de coopération, au-delà des tensions politiques entre États membres.

Au-delà de l’élection à venir, plusieurs défis majeurs attendent la Francophonie institutionnelle. Le départ des pays de l’Alliance des États du Sahel, les débats sur les critères d’adhésion, la nécessité de préserver l’identité francophone de l’organisation dans un contexte d’expansion, ainsi que le renforcement de son rôle économique et diplomatique constituent autant d’enjeux stratégiques. Louise Mushikiwabo a indiqué que les portes de l’OIF restent ouvertes aux États ayant quitté l’organisation, tout en rappelant que l’adhésion relève d’un choix souverain.

Le Sommet de Phnom Penh s’annonce ainsi comme un moment charnière pour l’avenir de l’OIF. Entre continuité et renouvellement, la candidature de Louise Mushikiwabo ouvre un débat plus large sur le rôle politique, économique et culturel de la Francophonie dans un monde marqué par les recompositions géopolitiques. Les États membres devront décider s’ils privilégient la stabilité et la poursuite des réformes engagées ou s’ils souhaitent ouvrir un nouveau cycle de leadership à la tête de l’organisation.

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