Dans le tumulte persistant de l’Est de la République démocratique du Congo, le débat international semble souvent se cristalliser autour d’un mot: sanctions. À Kinshasa, les autorités congolaises insistent régulièrement pour que des sanctions soient appliquées contre le Rwanda, qu’elles accusent d’ingérence et de déstabilisation. Mais pour Kigali, la question est ailleurs.
Dans une interview accordée à RFI, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a tenu à recadrer le débat. Pour lui, « le sujet n’est pas les sanctions », mais bien la racine du problème congolais.
Interrogé par David Bachet, le chef de la diplomatie rwandaise a été clair : « Si les sanctions pouvaient régler les problèmes endémiques de la RDC, je signerai demain matin. » Une déclaration forte, qui renverse l’idée selon laquelle Kigali chercherait à éviter toute pression internationale. Au contraire, le ministre affirme que si ces mesures étaient réellement efficaces pour instaurer la paix, il les soutiendrait sans hésiter.
Mais l’expérience du passé nourrit son scepticisme. « En 2012, en 2013, il y avait aussi des sanctions contre le Rwanda. Est-ce que ça a réglé le problème ? Pour autant, non. » Les faits, selon lui, parlent d’eux-mêmes. Malgré les mesures prises à l’époque, la guerre n’a pas disparu. « La guerre a repris huit ans plus tard, en octobre 2021. »
Pour Kigali, cela démontre que les sanctions ne sont pas la solution miracle que certains imaginent. « Donc cette histoire de sanctions, comme si c’était une baguette magique, ça ne fait aucun sens. »
Le ministre va plus loin, en affirmant que la sécurité nationale reste une priorité absolue. « Il n’y a aucune sanction dans ce bas monde qui va nous empêcher de sécuriser notre frontière et de s’assurer que notre population ne subisse pas ce qu’elle a subi en 1994 aux mains des FDLR. » Cette référence directe au génocide de 1994 souligne la dimension existentielle que Kigali associe à la question sécuritaire.
Face aux interrogations sur l’impact potentiel de nouvelles sanctions sur la stature internationale du Rwanda ou son attractivité économique, Olivier Nduhungirehe balaie ces inquiétudes : « Non, mais ça se fait déjà dans le passé, donc ce n’est pas une question qui est valide. Nous sommes dans un monde où chacun doit porter sa croix. Les sanctions, on ne les craint pas, et ce n’est pas le sujet. »
Alors que Kinshasa continue de plaider auprès de ses partenaires internationaux pour un durcissement des mesures contre Kigali, le chef de la diplomatie rwandaise maintient que la pression extérieure ne résoudra rien si les causes profondes du conflit ne sont pas traitées. « Le sujet est de régler le problème congolais à la source, c’est-à-dire en s’attaquant aux causes profondes. » Pour le ministre, tant que ces causes structurelles ne seront pas traitées, aucune sanction ne pourra instaurer une paix durable.
L’entretien aborde également les accords de Washington. Certains y voient surtout une protection des intérêts économiques américains, notamment l’approvisionnement en minerais stratégiques. Mais le chef de la diplomatie rwandaise insiste : « Les accords de Washington ont d’abord une composante sécuritaire. »
Si leur mise en œuvre semble bloquée sur le terrain, ce n’est pas, selon lui, en raison de leur conception, mais de leur application : « Ça ne marche pas puisque ça n’est pas mis en œuvre. » Kigali appelle donc à une implication accrue des États-Unis et de l’Union africaine : « C’est pour ça que nous avons appelé aux États-Unis et même à l’Union africaine, à la médiation africaine, pour régler cette question sécuritaire, ce qui va ouvrir la voie à une mise en œuvre du volet économique. »
Malgré les difficultés, le ministre se veut optimiste : « On y croit toujours, bien sûr. » Et il conclut sur une note pragmatique : « S’il y a dans la préservation des intérêts américains une paix durable dans la région, nous on est preneurs. »
Ainsi, au-delà des appels répétés de Kinshasa en faveur de sanctions, Kigali affirme que la paix ne pourra naître que d’un traitement en profondeur des causes du conflit. Pour Olivier Nduhungirehe, l’histoire récente l’a prouvé : les sanctions peuvent frapper, mais elles ne guérissent pas.