RDC : Plus de 100 civils banyamulenge tués dans une offensive coordonnée au Sud-Kivu
Régional

RDC : Plus de 100 civils banyamulenge tués dans une offensive coordonnée au Sud-Kivu

La Nouvelle Releve

February 13, 2026

Plus de 100 civils banyamulenge auraient été tués en moins de trois semaines lors d’une offensive militaire soutenue menée dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo. Selon un rapport publié le 9 février par un consortium d’organisations de défense des droits humains, la région de Minembwe et ses environs ont été le théâtre d’une opération d’envergure entre le 16 janvier et le 8 février, marquée par des attaques coordonnées et des abus ciblés contre des civils de la communauté banyamulenge.

Le rapport évoque une offensive conduite par une coalition dominée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyée par l’armée burundaise, les milices Wazalendo soutenues par Kinshasa, ainsi que les combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des mercenaires étrangers. L’armée burundaise, identifiée comme Force de défense nationale du Burundi (FDNB), figure également parmi les acteurs mentionnés.

Le consortium — composé notamment de la CRDH, de la Congolese Diaspora Plurielle, de l’Action pour les droits humains, du Collectif GAKONDO, d’ISOKO USA Mutual Insurance et du Collectif d’avocats des parties civiles — affirme avoir reçu des témoignages « graves, cohérents et crédibles » faisant état d’exactions généralisées, systématiques et ciblées contre les civils banyamulenge dans les hauts plateaux du Sud-Kivu.

Les organisations de défense des droits humains signalent une intensification des frappes de drones à partir du 22 janvier. Au total, plus de 70 frappes auraient été recensées entre le 22 janvier et le 1er février, touchant directement des zones civiles et des infrastructures essentielles. Des habitations, des églises et des écoles auraient été systématiquement bombardées.

Dans un message publié sur le réseau social X, l’homme politique et militant des droits humains Moïse Nyarugabo a détaillé certaines localités fortement touchées. Les villages de Bicumbi, Mutunda, Rubemba et Karongi auraient été frappés le 8 février, tandis que Rugezi et Rwitsankuku ont été bombardés la veille. Le 1er février, huit drones auraient mené une opération de bombardement à grande échelle sur plusieurs localités des hauts plateaux.

La flambée de violence s’est intensifiée après le retrait des rebelles AFC/M23 de la ville d’Uvira le 16 janvier. La ville a ensuite été occupée par la coalition dirigée par les FARDC, déployant des milliers de soldats et des armements lourds.

Dans les deux jours qui ont suivi, des enlèvements, des actes de torture, des pillages et des destructions de biens ont été signalés. Les familles banyamulenge ont commencé à fuir massivement. Des sources locales rapportent également la mort de plusieurs civils, l’incendie d’églises et la destruction d’environ cinquante habitations.

Un rapport du 20 janvier de Human Rights Watch avait déjà alerté que le retrait de l’AFC/M23 exposait les civils à de graves risques d’abus de la part des milices Wazalendo. L’organisation a documenté des pillages généralisés de maisons, commerces, églises et bâtiments publics, principalement appartenant à des Banyamulenge, sur la base de témoignages et de preuves visuelles vérifiées.

Malgré l’accumulation de preuves d’une violence ciblée à caractère ethnique impliquant, selon les allégations, des forces soutenues par l’État, aucune action internationale significative n’a été engagée pour mettre fin aux attaques. Or, en vertu du principe de la « Responsabilité de protéger » adopté en 2005 par l’Assemblée générale des Nations unies, la communauté internationale est tenue d’intervenir lorsque des populations civiles sont confrontées à des crimes de masse, notamment crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou persécutions ciblées.

L’absence de sanctions ciblées contre les responsables présumés — qu’ils appartiennent à des groupes armés ou à des structures étatiques — combinée au silence diplomatique persistant, témoigne d’un déficit préoccupant de mécanismes de redevabilité. Pour de nombreux observateurs, ce mutisme contribue à banaliser la violence et à consolider une culture d’impunité, compromettant ainsi les efforts de prévention et de protection des civils dans l’est de la RDC.

Ajouter un commentaire

Règles d’utilisation du forum

Dernières articles