L’Afrique a enregistré une baisse marquée de l’aide publique au développement consacrée au secteur de la santé, passée d’environ 80 milliards de dollars en 2021 à près de 39 milliards en 2025, a déclaré Claver Gatete, secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA).
S’exprimant lors d’un événement parallèle au 39e sommet de l’Union africaine (UA) consacré à la souveraineté sanitaire de l’Afrique, tenu dimanche à Addis-Abeba, en Éthiopie, M. Gatete a indiqué que le continent dépense environ 145 milliards de dollars par an pour la santé. Or, les gouvernements n’en financent même pas la moitié, ce qui oblige « malheureusement » les ménages à assumer une part importante des dépenses de soins.
Dans de nombreux pays africains, a-t-il souligné, des familles sont contraintes de vendre des biens essentiels pour régler leurs factures médicales, avec des répercussions non seulement sociales, mais aussi macroéconomiques.
« Le financement de la santé ne peut être relégué au rang de simple ligne budgétaire accessoire. Il doit être pleinement intégré aux cadres fiscaux nationaux et bénéficier de financements prévisibles, au même titre que les infrastructures, l’énergie ou la sécurité », a insisté M. Gatete.
Selon lui, il est inacceptable qu’un continent de plus de 1,4 milliard d’habitants, qui supporte près d’un quart de la charge mondiale de morbidité, dispose de moins de 1 000 fabricants de produits pharmaceutiques et ne produise qu’une faible proportion des médicaments qu’il consomme.
« La dépendance aux importations expose nos systèmes de santé aux fluctuations des prix, aux décisions extérieures et aux ruptures d’approvisionnement », a-t-il averti, ajoutant que la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pourrait contribuer à remédier à ces faiblesses en harmonisant les chaînes de valeur régionales.
Il a souligné que la CEA soutient cette ambition en reliant le financement de la santé à la planification macro-budgétaire, à la mobilisation des ressources nationales, à la viabilité de la dette et à l’intégration régionale.
La souveraineté sanitaire, a-t-il précisé, ne peut reposer uniquement sur les ministères de la Santé : les autorités chargées des finances, du commerce, de l’industrie et de la planification doivent agir de manière coordonnée.
Le secrétaire exécutif a ainsi exhorté les gouvernements africains à intégrer le financement de la santé dans leurs plans nationaux de développement et leurs cadres budgétaires à moyen terme, afin d’assurer un financement prévisible de la prévention et des soins de santé primaires.
Il a également insisté sur l’urgence de développer des pôles de production pharmaceutique et vaccinale à travers le continent, grâce à l’harmonisation réglementaire, au transfert de technologies et à la mobilisation de l’investissement privé, en vue de renforcer durablement les systèmes de santé africains.