Présidence de l’UA et mercenariat en RDC : Ndayishimiye face à un impératif d’abstention pour préserver la crédibilité des normes africaines
Il est désormais établi que le président Félix Tshisekedi a eu recours à des mercenaires étrangers dans la guerre contre le M23 à l’est de la République démocratique du Congo. Cette confirmation modifie profondément la lecture juridique et politique de la situation régionale, notamment au regard du rôle actuel du président burundais Évariste Ndayishimiye, dont les forces combattent aux côtés des FARDC au sein d’une coalition militaire sur ce même théâtre d’opérations. Le fait que des troupes burundaises opèrent dans une alliance intégrant des mercenaires place directement Bujumbura dans une zone de tension normative vis-à-vis des principes fondateurs de l’Union africaine.
Cette contradiction prend un relief particulier si l’on se souvient qu’il y a près de cinquante ans, l’Organisation de l’unité africaine adoptait la Convention pour l’élimination du mercenariat en Afrique en 1977, consacrant une interdiction claire du recours, du recrutement, du financement et de l’utilisation de mercenaires contre un État africain. Ce texte historique n’était pas symbolique : il constituait une réponse directe aux déstabilisations du continent par des forces privées étrangères et visait à protéger la souveraineté des États africains. En devenant président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye hérite de cette doctrine juridique et morale qui bannit précisément la pratique aujourd’hui confirmée dans le conflit congolais.
La confirmation du recours aux mercenaires par Kinshasa rend la situation institutionnelle encore plus délicate. La présidence de l’Union africaine exige une posture d’impartialité et de défense des normes continentales. Or, le Burundi, en tant qu’allié militaire direct du gouvernement congolais sur le terrain, se trouve de facto associé à une coalition qui inclut des acteurs privés armés dont l’usage est prohibé par la tradition juridique africaine. Même sans implication directe dans leur recrutement, la coopération opérationnelle aux côtés de ces forces peut être interprétée comme une tolérance incompatible avec l’esprit de la Convention de 1977.
Dans ces conditions, une question de gouvernance continentale et d’éthique institutionnelle s’impose. Puisque le Burundi est lui-même un acteur engagé dans la dynamique sécuritaire en RDC, et donc partie prenante au conflit dont l’Union africaine débat régulièrement, le président Évariste Ndayishimiye devrait logiquement s’abstenir de toute participation aux discussions et aux votes de l’organisation relatifs à la crise congolaise. Une telle abstention constituerait une mesure de neutralité indispensable pour éviter un conflit d’intérêts manifeste et préserver la crédibilité des décisions de l’Union africaine.
La confirmation de l’usage de mercenaires par le pouvoir congolais ne pose donc pas seulement un problème sécuritaire, mais un test majeur pour la cohérence normative de l’Union africaine cinquante ans après que l’Afrique a officiellement proscrit cette pratique. Si le président en exercice de l’organisation participe à la gestion politique d’un conflit dans lequel son propre pays combat aux côtés d’une armée ayant recours à des mercenaires, l’Union africaine risque de fragiliser son autorité morale et juridique. L’enjeu dépasse la seule crise congolaise : il concerne la capacité du continent à rester fidèle aux principes qu’il a lui-même établis pour protéger sa souveraineté et prévenir la privatisation de la guerre en Afrique.