Mardi dernier, au Centre de démobilisation de Mutobo, une délégation d’environ 200 membres du Great Lakes Peace Forum — dont 140 visiteurs venus de la République démocratique du Congo — a effectué une visite riche en émotions et en enseignements. Cette rencontre s’inscrivait dans une dynamique régionale de promotion de la paix, de la réconciliation et de la vérité au sein de la région des Grands Lacs.
Au cœur de la visite : des témoignages puissants d’anciens membres des FDLR ayant choisi la voie du retour et de la paix. Devant la délégation, ces hommes ont partagé leurs expériences vécues : le poids de la peur, les années passées dans la forêt nourries par la désinformation, mais aussi la découverte inattendue d’un accueil digne, sécurisé et porteur d’avenir à leur retour au Rwanda.
Leurs récits ont brisé des mythes longtemps entretenus dans les zones de conflit. « Nous avions peur de rentrer. On nous disait que nous serions persécutés. Mais la réalité a été toute autre : nous avons trouvé la sécurité, le soutien et une nouvelle chance », a confié l’un des intervenants. Ces paroles ont résonné comme un appel sincère à transformer les cœurs et à remplacer les récits de haine par ceux de vérité et d’espérance.
Parmi les témoignages marquants, celui de Nizeyimana Wenceslas a particulièrement captivé l’audience. Ancien combattant ayant quitté les groupes armés en 2001, il est aujourd’hui un acteur économique respecté, créant des moyens de subsistance pour plus de 400 employés à travers une coopérative basée dans le district de Rulindo. Son parcours illustre concrètement le potentiel de transformation lorsque la paix est choisie.
S’adressant directement à ceux qui demeurent encore dans les forêts de l’est de la RDC, il a lancé un message clair et courageux : « Choisissez le retour plutôt que le conflit. La paix ouvre des portes que la guerre ne pourra jamais offrir. »
Cette visite s’inscrit dans une série d’initiatives régionales visant à encourager la réflexion sur la paix et la réconciliation dans les Grands Lacs, notamment après les discussions amorcées à Goma et poursuivies à Gisenyi. Le message porté par la délégation était sans ambiguïté : « La paix, rien que la paix ».
Au-delà des discours, c’est la force des expériences humaines qui a marqué les esprits. Les témoignages ont démontré que la réintégration n’est pas seulement un processus administratif, mais une reconstruction profonde de la dignité, de l’identité et du sens de la vie.
À Mutobo, les visiteurs ont découvert un modèle concret de désarmement, de démobilisation et de réintégration fondé sur l’accompagnement psychosocial, la formation professionnelle et la réconciliation communautaire. Pour beaucoup de participants venus de la RDC, cette réalité a contribué à dissiper les préjugés et à ouvrir de nouvelles perspectives pour une paix durable dans la région.
En quittant le centre, plusieurs membres de la délégation ont reconnu que ces échanges directs avec d’anciens combattants avaient davantage convaincu que de longs rapports ou discours politiques. La vérité vécue, incarnée par ceux qui ont choisi de déposer les armes, a démontré que la paix n’est pas une utopie, mais une décision personnelle capable de transformer des destins et d’influencer des nations.
Ainsi, Mutobo s’affirme non seulement comme un centre de transition, mais aussi comme un symbole vivant de réconciliation régionale — un lieu où les mythes de la guerre cèdent progressivement la place aux réalités d’un avenir pacifique pour les peuples des Grands Lacs.