Née en 1985, Uwimbabazi Yvette est aujourd’hui l’une des rares femmes chauffeurs de camions longue distance dans la région des Grands Lacs. Mère de trois enfants, elle parcourt régulièrement les routes reliant le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Kenya, avec des trajets pouvant aller jusqu’à Mombasa. Un métier longtemps considéré comme réservé aux hommes, qu’elle a choisi par passion et détermination.
« J’ai été motivée par ce travail parce qu’il m’intéressait vraiment », explique Yvette. À ses débuts, son choix a suscité incompréhension et découragement. Certains affirmaient qu’il était impossible pour une femme de conduire un camion et de passer plusieurs jours hors du pays. « On me disait qu’aucune femme ne faisait cela. » Pourtant, elle a persévéré. Aujourd’hui, ces mêmes voix la félicitent, témoins de la réalisation de ses rêves.
Chaque voyage commence par un rituel précis. « Lorsque je pars pour la Tanzanie, par exemple, j’inspecte le camion très tôt le matin et je démarre vers 6 heures en passant par la frontière de Rusumo. »
Le métier exige une discipline stricte et, en tant que femme, une vigilance constante. Si Yvette n’a pas personnellement été confrontée à des obstacles majeurs, elle souligne néanmoins les enjeux de sécurité dans certaines zones de la région, où les femmes chauffeurs peuvent être plus vulnérables en période d’insécurité.
« Au Rwanda, les gens encouragent les femmes qui conduisent des camions. Mais dans certaines régions, il peut y avoir des abus. Il faut rester forte et continuer. »
Au-delà de son expérience personnelle, Yvette plaide pour un changement de mentalité, notamment chez les propriétaires de camions.
« Ils doivent croire en la capacité des femmes. »
Forte de six années d’expérience, elle affirme avec confiance : « Si nous partons de Kigali vers Mombasa, aucun homme ne peut me battre sur le temps d’arrivée. »
Ce métier a profondément transformé sa vie. Autrefois sans emploi, Yvette est aujourd’hui financièrement indépendante. Elle paie les frais de scolarité de ses enfants, possède sa propre voiture et a lancé un projet agricole, tous financés grâce à la conduite de camions.
« Quand une femme a un travail, l’impact se ressent dans toute la société », dit-elle. Elle ajoute que, dans ce secteur, les femmes font souvent preuve d’une meilleure discipline financière.
Yvette ne compte pas s’arrêter là. Elle fait partie d’une association de femmes chauffeurs de camions qui épargne avec une mission claire : permettre à chaque femme d’avoir son propre camion.
Son rêve est ambitieux mais concret : créer sa propre entreprise de transport, avec ses propres camions.
« Umugore ku isonga ry’impinduka » — la femme au cœur du changement — résume-t-elle. Bientôt, affirme-t-elle avec conviction, son entreprise verra le jour.
À travers son parcours, Yvette Uwimbabazi incarne une génération de femmes africaines qui osent défier les normes, transformer leur destin et ouvrir la voie à d’autres. Une preuve vivante que le courage, la compétence et la persévérance n’ont pas de genre.