Kigali – Dix-sept élèves et enseignants du lycée norvégien Tangen High School participent actuellement au « Visit Rwanda Educational Tour Initiative », un programme éducatif immersif d’une semaine consacré à l’étude du Génocide contre les Tutsi de 1994 et au parcours remarquable du Rwanda vers l’unité, la réconciliation et la reconstruction nationale.
Organisée par l’Ishami Foundation en collaboration avec l’Aegis Trust, cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un protocole d’accord visant à renforcer l’éducation sur le génocide, l’engagement mémoriel et le dialogue pour la prévention des violences de masse.
Ce programme novateur combine visites de mémoriaux, témoignages de survivants, échanges institutionnels de haut niveau, participation civique et dialogue entre jeunes, afin de relier la compréhension historique aux enjeux contemporains de gouvernance, de leadership et de citoyenneté mondiale.
L’objectif central de cette initiative est d’approfondir la compréhension du Génocide contre les Tutsi, d’examiner les responsabilités internationales et les défaillances institutionnelles, tout en explorant les mécanismes rwandais de réconciliation et de prévention.
Les élèves sont invités à réfléchir aux conséquences de l’indifférence, au rôle des institutions dans la prévention des crimes de masse, ainsi qu’à la responsabilité des citoyens ordinaires face aux violences extrêmes. L’approche pédagogique met l’accent sur le courage moral et l’engagement des jeunes dans la construction d’un monde plus responsable.
La dimension centrale du programme repose sur des visites immersives de lieux symboliques de mémoire et d’apprentissage historique.
À l’ancien site de l’ETO Kicukiro (aujourd’hui IPRC Kicukiro), les élèves ont été guidés par deux survivantes, Angélique et Yvonne, accompagnées d’un guide d’IBUKA. Ce lieu rappelle le drame des milliers de personnes abandonnées en avril 1994 après le retrait des Casques bleus de la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Les discussions ont porté sur la responsabilité internationale, les conséquences de l’abandon et la responsabilité morale face aux crises humanitaires.
Au Mémorial du génocide de Nyanza–Kicukiro, les participants ont médité sur les témoignages des survivants et sur les conséquences humaines de la violence, soulignant l’importance de la dignité dans le souvenir et la transmission de la mémoire.
La visite du Kigali Genocide Memorial a permis d’explorer les racines historiques des divisions, la planification et l’exécution du génocide, la réponse internationale ainsi que les stratégies contemporaines de prévention. Les élèves ont également abordé les études comparatives des génocides pour mieux comprendre les mécanismes universels menant aux violences de masse.
Au Jardin des Justes de SEVOTA, les élèves ont découvert le travail d’accompagnement des femmes survivantes et ont planté des arbres, symbole d’amitié et d’engagement pour la paix. Cette étape a mis en lumière la dimension genrée du génocide, la guérison des traumatismes et les initiatives de résilience menées par les femmes dans les communautés.
L’initiative ne se limite pas à l’apprentissage historique. Elle inclut également une immersion dans la vie civique rwandaise. Les élèves ont ainsi participé à l’Umuganda à Nyamata aux côtés du maire et de la communauté locale, illustrant concrètement la responsabilité collective et la cohésion sociale comme piliers de la reconstruction nationale.
Des dialogues structurés avec des institutions publiques rwandaises ont permis d’aborder les enjeux de gouvernance, de justice, de diplomatie et de prévention. Parmi les rencontres déjà réalisées figurent celles avec le ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, le ministère des Affaires étrangères et le Bureau du Porte-parole du Gouvernement. Les discussions ont porté notamment sur la philosophie « Ndi Umunyarwanda », la lutte contre l’idéologie du génocide, la diplomatie post-1994 et le rôle stratégique de la communication responsable dans les sociétés post-conflit.
Des échanges avec la magistrature, le Parlement et le Forum parlementaire sénatorial de lutte contre le génocide sont également prévus, afin d’examiner l’État de droit, la réforme judiciaire et les mécanismes législatifs de prévention.
Un volet essentiel du programme est l’échange entre pairs avec les élèves de Rwanda Children Christian School, opérant sous la Fondation Gasore Serge à Ntarama, Nyamata. Trente élèves rwandais ont suivi une formation préparatoire de trois jours axée sur le dialogue interculturel, le leadership et l’ancrage historique.
Cet échange vise à favoriser des discussions ouvertes sur l’identité, la résilience et la responsabilité des jeunes dans la prévention des divisions et des violences. Les activités incluent des sessions de dialogue facilité, des ateliers de réflexion collaborative, des présentations culturelles et des activités sportives de cohésion d’équipe.
Dans le contexte historique de Ntarama, ce dialogue relie la mémoire au leadership futur, démontrant que l’apprentissage ne consiste pas seulement à étudier le Rwanda, mais à apprendre avec le Rwanda.
La méthodologie adoptée combine immersion historique sur site, témoignages de survivants, dialogues institutionnels et échanges entre jeunes. Les élèves sont encouragés à tenir un journal de réflexion et à analyser de manière critique les responsabilités individuelles et collectives face aux violences extrêmes.
Cette approche favorise une compréhension approfondie des mécanismes de prévention et du rôle crucial des institutions et des citoyens dans la construction d’une société résiliente.
À l’issue du programme, les élèves devraient démontrer une compréhension historique solide, analyser les mécanismes de gouvernance et de prévention, participer de manière respectueuse au dialogue interculturel et développer une vision du leadership éthique fondée sur la responsabilité citoyenne.
Au-delà de cette édition, l’initiative « Visit Rwanda Educational Tour » ambitionne de bâtir des partenariats durables entre écoles et institutions rwandaises et internationales. Elle vise à renforcer l’éducation sur le génocide, à promouvoir le leadership des jeunes et à créer des réseaux mondiaux engagés dans la prévention des violences de masse.
Car au Rwanda, la mémoire n’est pas seulement un acte de souvenir.
Elle est un engagement envers l’humanité et une responsabilité collective pour l’avenir.