Deux poids, deux mesures dans l’impasse congolaise
Politique

Deux poids, deux mesures dans l’impasse congolaise

La Nouvelle Releve

March 5, 2026

Une analyse de Marc Hoogsteyns

Au moment où la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo connaît une nouvelle phase d’escalade, l’analyste Marc Hoogsteyns dénonce une lecture internationale biaisée du conflit. Selon lui, « la guerre au Congo est jugée selon deux standards différents — et ce double standard contribue à son aggravation ».

Dans une analyse nourrie par plusieurs témoignages diplomatiques, militaires et locaux, il met en lumière une dynamique où perception médiatique, intérêts géopolitiques et calculs politiques s’entremêlent dangereusement.

Un « coup politique » à Kinshasa

À Kinshasa, l’attaque par drone visant Willy Ngoma, cadre du Mouvement du 23 mars, a été présentée par certains médias comme un tournant stratégique. Cette narration, largement relayée par les canaux proches du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, laisse entendre que le pouvoir aurait repris l’initiative militaire.

Dans le même temps, les sanctions américaines contre plusieurs officiers rwandais ont été perçues comme une victoire diplomatique pour le président Félix Tshisekedi.

Un diplomate basé à Kinshasa confie à Marc Hoogsteyns :

« Avec les sanctions américaines et l’attaque contre Willy Ngoma, Tshisekedi semble convaincre l’opinion publique congolaise que le M23 a perdu son élan militaire. »

Mais selon ses sources, cette perception serait trompeuse.

« Ce n’est pas le cas. Beaucoup d’observateurs s’attendent désormais à une riposte musclée du M23. »

Drones, provocations et guerre de communication

D’après plusieurs témoignages recueillis par l’analyste, Kinshasa aurait acquis des drones sophistiqués capables de frapper des positions rebelles à distance, notamment depuis Kisangani. Ces appareils auraient d’abord été utilisés autour de Minembwe, provoquant des pertes civiles.

Un responsable du M23, cité anonymement, explique :

« Nous savions qu’un drone avait décollé de Kisangani, mais Willy a refusé de dormir dans la cave. Vers deux heures du matin, la frappe a touché la maison. »

Selon cette source, la cible principale aurait été le commandant Sultani Makenga.

« Il est possible que l’attaque des Wazalendo ait été mise en scène pour attirer le général dans un piège. »

Marc Hoogsteyns souligne que, malgré les accusations répétées contre le M23 — y compris des allégations de fosses communes près d’Uvira — peu d’éléments vérifiables ont été publiquement présentés.

Le Rwanda, bouc émissaire ?

Du côté rwandais, les sanctions américaines sont perçues comme symboliques.

Un officier rwandais déclare :

« Sanctionner des généraux rwandais est sans doute un avertissement. Mais cela ne changera pas la réalité sur le terrain. »

Il ajoute :

« Dans cette histoire tragique, le Rwanda reste le bouc émissaire. »

Kigali affirme que sa principale préoccupation demeure la menace des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), groupe armé hutu considéré comme terroriste et accusé d’opérer aux côtés des Forces armées de la République démocratique du Congo.

« Il est scandaleux que les FDLR fassent le sale boulot pour les FARDC, et que cela soit toléré », affirme une source militaire.

Les enjeux géopolitiques : minerais et rivalités mondiales

Au-delà du terrain militaire, Marc Hoogsteyns insiste sur la dimension géopolitique. Les provinces du Kivu ne seraient qu’une pièce d’un puzzle plus vaste impliquant la compétition entre grandes puissances pour les richesses minières congolaises.

« Pour les États-Unis, les véritables enjeux sont les immenses ressources du Congo. En s’alignant sur Tshisekedi et en continuant d’accuser le Rwanda, ils espèrent sécuriser l’accès à ces ressources. »

Selon lui, réduire le conflit à une simple agression rwandaise occulte les rivalités stratégiques et économiques à l’œuvre.

Une paix compromise par le « double standard »

Au cœur de l’analyse de Marc Hoogsteyns se trouve une accusation claire :

« Il y a clairement un double standard dans la manière dont le conflit et la situation globale au Congo sont évalués. »

D’un côté, les actions de Kigali sont systématiquement dénoncées et sanctionnées. De l’autre, la coopération présumée entre les FARDC et les FDLR suscite peu de réactions internationales.

Pour l’analyste, cette asymétrie nourrit l’escalade. Tant que les causes profondes du conflit ne seront pas reconnues et que toutes les parties ne seront pas jugées selon les mêmes critères, les perspectives de paix resteront limitées.

Il conclut avec pessimisme :

« Aussi longtemps que les causes profondes resteront mal comprises à l’international, et que les belligérants ne seront pas soumis aux mêmes standards, un règlement négocié paraît improbable. »

Une région à la croisée des chemins

Dans cette guerre où s’entremêlent mémoire, identités, intérêts économiques et rivalités internationales, la bataille de l’information semble presque aussi déterminante que celle menée sur le terrain.

L’analyse de Marc Hoogsteyns ne prétend pas exonérer le M23 de toute responsabilité. Mais elle pose une question centrale : la communauté internationale applique-t-elle réellement les mêmes principes à tous les acteurs ?

À l’heure où l’est du Congo demeure pris dans un cycle de violences, cette interrogation reste plus que jamais d’actualité.

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