Depuis plusieurs années, les initiatives régionales et internationales de paix exigent le démantèlement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), une milice formée par des éléments responsables du génocide contre les Tutsi de 1994. Pourtant, malgré ces appels répétés, des éléments indiquent que le régime du président congolais Félix Tshisekedi continue d’entretenir des relations militaires et politiques avec ce groupe armé.
Des documents internes récemment examinés par des médias et des analystes sécuritaires révèlent qu’en 2023, certains responsables du gouvernement de la République démocratique du Congo auraient soutenu un plan clandestin visant à appuyer des attaques menées par les FDLR afin de provoquer un changement de régime au Rwanda.
Parmi les documents divulgués figure un rapport signé par Kwalezitome Lilungi Dodo, directeur provincial adjoint de l’Agence nationale de renseignements (ANR) au Sud-Kivu. Dans ce document adressé directement au président Tshisekedi, l’auteur recommande une mobilisation à grande échelle pour soutenir les combattants des FDLR dans leur objectif de retourner au Rwanda par la force.
Selon le rapport, Kinshasa devrait examiner « sans délai » la possibilité d’aider les FDLR à rentrer au Rwanda de la même manière que l’Ouganda avait soutenu autrefois le Front patriotique rwandais lors de sa lutte contre l’ancien régime rwandais.
Cette suggestion révèle l’existence d’une réflexion stratégique au sein de certains cercles de l’État congolais visant à utiliser la milice génocidaire comme levier géopolitique contre Kigali.
Officiellement, les autorités de Kinshasa ont souvent minimisé l’importance des FDLR, les qualifiant de « prétexte rwandais ». Pourtant, sur le terrain, cette milice reste une menace sécuritaire majeure dans l’est du Congo.
Depuis plus de trente ans, l’instabilité persistante dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu est en grande partie liée à la présence de ce groupe armé, composé d’anciens militaires et miliciens impliqués dans le Génocide contre les Tutsi.
Les FDLR poursuivent ouvertement un objectif politique : retourner au Rwanda, renverser le gouvernement actuel et achever le projet génocidaire interrompu en 1994 par les forces du Front patriotique rwandais.
Au-delà des documents confidentiels, certaines déclarations publiques de Tshisekedi ont également suscité l’inquiétude. En 2022, lors d’un échange avec des jeunes délégués, il avait affirmé que « les Rwandais ont besoin de notre soutien pour se libérer », une phrase largement interprétée comme un signal politique favorable aux forces cherchant à déstabiliser Kigali.
Ces propos ont alimenté les soupçons d’une stratégie politique visant à maintenir la pression sur le Rwanda à travers des groupes armés opérant sur le territoire congolais.
Les révélations mentionnent également les contacts entre la présidence congolaise et Jean‑Luc Habyarimana, fils de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana.
Ce dernier dirigea le Rwanda de 1973 à 1994, période durant laquelle les structures politiques, militaires et administratives qui ont préparé le génocide contre les Tutsi furent mises en place.
Selon plusieurs sources, Jean-Luc Habyarimana s’est rendu à Kinshasa où il a rencontré le conseiller spécial du président Tshisekedi en matière de sécurité, Désiré‑Cashmir Eberande Kolongele.
Au cours de ces discussions, la présidence congolaise aurait évoqué la formation d’une coalition militaire renforcée destinée d’abord à combattre la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo et du M23, puis à exercer une pression directe contre Kigali.
Ces informations entrent en contradiction directe avec les engagements pris dans plusieurs initiatives diplomatiques visant à stabiliser la région des Grands Lacs.
Parmi celles-ci figurent notamment le Processus de Luanda et les Accords de Washington, qui stipulent clairement que la neutralisation des FDLR constitue une condition non négociable pour la paix durable.
Signés le 4 décembre 2025, les Accords de Washington prévoyaient que le gouvernement congolais démantèle et neutralise les FDLR, tandis que le Rwanda s’engageait à réduire sa posture défensive à la frontière.
Cependant, plusieurs mois après la signature, aucune mise en œuvre significative n’a été constatée. Au contraire, des rapports continuent de faire état d’une coopération opérationnelle entre les forces armées congolaises et les combattants des FDLR.
Les documents divulgués suggèrent que le problème ne relève pas seulement de la tolérance ou de l’incapacité à neutraliser les FDLR, mais d’une stratégie délibérée visant à instrumentaliser une milice génocidaire dans un rapport de force régional.
Si ces révélations se confirment, elles pourraient avoir des conséquences majeures pour la stabilité de la région des Grands Lacs et remettre en question la crédibilité des processus de paix actuellement en cours.
Dans un contexte déjà marqué par des tensions militaires et diplomatiques, la persistance des FDLR au cœur des calculs politiques régionaux continue d’alimenter l’un des conflits les plus complexes et les plus durables d’Afrique centrale.