Des ex-combattants des FDLR découvrent une histoire du Rwanda qui leur avait été cachée dans les forêts du Congo
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Des ex-combattants des FDLR découvrent une histoire du Rwanda qui leur avait été cachée dans les forêts du Congo

La Nouvelle Releve

March 21, 2026

Une page importante de vérité et de réconciliation s’écrit pour d’anciens combattants des FDLR, longtemps maintenus dans l’ignorance au cœur des forêts de la République démocratique du Congo. Environ 250 ex-combattants, membres de la 76ᵉ cohorte en cours de réintégration, ont récemment effectué une visite marquante au Mémorial du Génocide de Kigali ainsi qu’au musée consacré à la lutte contre le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Après plus de trois mois de formation au centre de Mutobo, cette visite constitue une première historique dans le processus mené par la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration, qui a déjà accompagné plus de 13 000 ex-combattants issus des FDLR et d’autres groupes armés.

La particularité de cette 76ᵉ cohorte réside dans le fait que la majorité de ses membres est composée de jeunes nés dans les forêts du Congo, souvent de parents eux-mêmes combattants des FDLR. Élevés dans une idéologie de haine et de négation du génocide contre les Tutsi, ils découvrent aujourd’hui une réalité qui leur avait été systématiquement déformée.

S’exprimant au nom de ses camarades, Maniraguha Jean de Dieu, ancien sous-lieutenant, a confié :« La plupart d’entre nous sommes nés après le génocide de 1994. Pour ma part, je n’avais que neuf mois à l’époque. En vérité, je ne connaissais pas cette histoire. »

Il explique que les dirigeants des FDLR leur transmettaient une version biaisée des faits :« On ne parlait jamais de génocide. On nous disait plutôt que les gens s’étaient entretués, que les Tutsi avaient tué les Hutu. Aujourd’hui, nous avons découvert la vérité : le génocide contre les Tutsi a bien eu lieu, et avec une cruauté indescriptible. »

Briser le cycle du mensonge

Profondément marqués par leur visite, ces anciens combattants affirment vouloir devenir des témoins de la vérité. Pour beaucoup, ce sera la première fois qu’ils participeront aux commémorations du génocide, alors que le Rwanda s’apprête à marquer la 32ᵉ commémoration.

« Nous avons appris à combattre ceux qui nient ou minimisent le génocide. Nous voulons dire la vérité, surtout à ceux qui sont encore dans l’ignorance comme nous l’étions », a ajouté Maniraguha.

La présidente de la RDRC, Valérie Nyirahabineza, les a encouragés à poursuivre sur cette voie :« Vous avez connu la vérité. Continuez à la partager et encouragez ceux qui sont encore dans les forêts à rentrer. Joignez-vous aux autres Rwandais pour commémorer, même si pour vous ce sera une première. »

Un long chemin vers la réintégration

Depuis plus de deux décennies, le gouvernement rwandais mène un programme ambitieux de démobilisation et de réintégration. Depuis 2001, des milliers d’anciens combattants ont été réinsérés dans la société, intégrant divers secteurs : forces de défense, agriculture, éducation, commerce ou professions libérales.

Au-delà des discours, cette politique produit des résultats concrets visibles au quotidien.

Par ailleurs, les témoignages recueillis révèlent un aspect méconnu du fonctionnement des FDLR : l’utilisation de la religion comme outil de manipulation. Selon plusieurs ex-combattants, la foi était détournée pour justifier la violence et maintenir les recrues sous contrôle.

On leur faisait croire qu’ils menaient une « guerre sainte ». Lorsque leurs familles les incitaient à rentrer, les chefs leur promettaient, au nom de Dieu, des terres et des maisons au Rwanda après une prétendue victoire. Ces promesses, présentées comme des prophéties, continuent encore aujourd’hui d’influencer certains combattants restés dans la brousse.

Une révélation vécue comme une libération

Pour ces ex-combattants, les trois mois passés à Mutobo et la visite au mémorial ont agi comme un électrochoc. Ils affirment avoir enfin compris la réalité historique de leur pays et mesuré l’ampleur des mensonges qui leur avaient été inculqués.

Désormais, ils se disent déterminés à devenir des ambassadeurs de la vérité, convaincus que la connaissance de l’histoire est une étape essentielle vers la paix durable et la réconciliation nationale.

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