RDC : Joseph Kabila sort du silence et charge le régime de Félix Tshisekedi
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RDC : Joseph Kabila sort du silence et charge le régime de Félix Tshisekedi

La Nouvelle Releve

March 23, 2026

Après plusieurs années de silence médiatique, Joseph Kabila refait surface dans un contexte explosif en République démocratique du Congo. Dans un entretien accordé à La Libre Belgique depuis Goma, l’ancien chef de l’État livre une critique frontale du pouvoir en place, qu’il qualifie sans détour de « dictature ».

C’est dans un climat de tensions sécuritaires extrêmes que l’ancien président a choisi de s’exprimer. Quelques jours avant l’entretien, une frappe de drone meurtrière a frappé Goma, alimentant les spéculations sur une possible tentative d’assassinat ciblé. Sans confirmer être la cible directe, Kabila évoque un climat de violence généralisée et accuse implicitement le régime de Kinshasa de s’attaquer non seulement à ses opposants, mais aussi à la population congolaise, notamment dans des zones en conflit comme Masisi ou les Hauts Plateaux.

Le ton de l’ancien président est sans ambiguïté : selon lui, le pays a basculé dans une gouvernance marquée par le « tribalisme », le « népotisme » et une concentration autoritaire du pouvoir. Il accuse directement Félix Tshisekedi d’avoir trahi l’héritage politique de 2019, affirmant que la RDC est aujourd’hui en recul sur tous les plans, notamment sécuritaire et institutionnel. Plus encore, Kabila parle d’un risque de « soudanisation » du pays — une référence inquiétante à l’effondrement de l’État au Soudan — estimant que les ingrédients d’une implosion sont désormais réunis.

Revenant sur son accession au pouvoir en 2001, Kabila insiste sur ce qu’il présente comme un choix historique en faveur de la paix. Il compare cette période à la situation actuelle, dénonçant une absence de vision stratégique et une préférence du pouvoir actuel pour l’option militaire. Selon lui, la solution reste un dialogue inclusif entre toutes les parties congolaises, y compris les groupes armés — une approche qui avait conduit, rappelle-t-il, aux accords de paix du début des années 2000.

Dans une déclaration particulièrement forte, Kabila appelle à « mettre fin à cette dictature » et invite les Congolais à se mobiliser, en s’appuyant notamment sur l’article 64 de la Constitution. Cet appel, qui peut être interprété comme une incitation à la résistance politique, marque un tournant dans son positionnement : de président silencieux à acteur engagé dans l’opposition.

La localisation même de l’entretien — Goma, bastion du mouvement AFC/M23 — alimente les interrogations. Accusé par la justice congolaise d’entretenir des liens avec cette rébellion, Kabila rejette ces accusations et revendique son droit à dialoguer avec « tous les Congolais ». Il présente cette démarche comme une mission de cohésion nationale, bien que ses détracteurs y voient une stratégie politique plus ambiguë.

Au-delà des critiques contre le pouvoir en place, Kabila appelle à un « changement radical » du système politique congolais. Il évoque la nécessité de renouveler la classe politique, voire d’introduire des mécanismes comme des primaires — une idée peu courante dans le contexte congolais. Il dénonce également les élections de 2023, qu’il qualifie de « parodie », et accuse la communauté internationale de passivité.

L’ancien président s’oppose fermement à toute révision constitutionnelle, estimant que le texte de 2006 a été fondamental dans la réunification du pays. Il accuse le pouvoir actuel de vouloir manipuler la Constitution pour se maintenir au pouvoir, tout en rejetant les accusations selon lesquelles il aurait lui-même envisagé une telle réforme durant son mandat.

Kabila évoque enfin une montée généralisée du mécontentement populaire à travers le pays, y compris dans des régions stratégiques comme le Katanga. Sans prédire une fragmentation territoriale, il reconnaît que les tensions actuelles pourraient déboucher sur des situations incontrôlables.

Cette sortie médiatique marque une étape importante dans la recomposition du paysage politique congolais. En se positionnant clairement contre le régime de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila s’impose à nouveau comme un acteur central — et potentiellement déstabilisateur. Reste à savoir si cet appel à la mobilisation trouvera un écho au sein d’une population éprouvée par des années de conflit et de crises politiques.

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