En ce début d’année 2026, l’Union Africaine (UA) se trouve secouée par une crise diplomatique majeure, moins de deux mois après l’entrée en fonction de son nouveau président en exercice, Evariste Ndayishimiye, également Président du Burundi. Une initiative unilatérale et précipitée a mis à mal la cohésion et la crédibilité du continent sur la scène internationale.
Le 2 mars 2026 le Burundi, au nom de sa présidence de l’Union Africaine, a officiellement désigné l’ancien Président du Sénégal, Macky Sall, comme candidat au poste de Secrétaire général des Nations Unies. Cette annonce, transmise au Président de l’Assemblée générale de l’ONU, a été une surprise pour la plupart des dirigeants africains.
“Mon gouvernement, actuel Président de l’Union Africaine, nomine Son Excellence Macky Sall, ancien Président de la République du Sénégal, au poste de Secrétaire général des Nations Unies.”
Le problème majeur réside dans la méthode : aucune consultation préalable n’a eu lieu avec les autres chefs d’État et de gouvernement africains avant cette décision cruciale.
Face au tollé initial, le Président Ndayishimiye a tenté de forcer l’approbation de cette candidature. Cette semaine, il a convoqué le bureau de l’Union Africaine (auquel seuls deux autres membres ont assisté) et a imposé une procédure dite de silence d’une durée de 24 heures. Cette tactique visait à faire endosser la décision par défaut : si aucun État ne s’y opposait dans le délai imparti, la candidature de Macky Sall serait réputée acceptée par l’Afrique.
L’objectif était d’obtenir le soutien ferme de l’UA à la démarche du Président Ndayishimiye. Cependant, cette tentative de diktat diplomatique a eu l’effet inverse.
En seulement 24 heures, vingt pays africains ont brisé le silence, signifiant leur rejet catégorique de cette procédure. Parmi eux, des poids lourds du continent comme l’Afrique du Sud et le Nigeria, et de manière significative, le Sénégal lui-même
Il est essentiel de souligner que le cœur du problème n’est pas la personne de Macky Sall. Les pays africains n’ont pas rejeté sa candidature en tant que telle, mais bien la manière dont elle a été présentée et imposée.
Le Sénégal pays d’origine de Macky Sall, a exprimé son indignation, ne comprenant pas comment un ancien président puisse être candidat à un poste international sans l’aval de son propre pays. Le gouvernement sénégalais actuel entretient d’ailleurs des relations tendues avec l’ancien président, envisageant même des poursuites judiciaires à son encontre. Le Nigeria
a été particulièrement explicite. Il a déploré un manque grave de consultation et a rappelé que le poste de Secrétaire général de l’ONU est actuellement dévolu à la région des Amériques et des Caraïbes, une considération que l’Afrique devrait respecter pour préserver ses propres intérêts futurs. Le Nigeria a souligné que sans cette procédure précipitée, un consensus aurait pu être trouvé sur un autre nom, respectant les règles et les intérêts du continent.
La situation actuelle est complexe : Macky Sall maintient qu’il continuera d’être candidat. Le Sénégal affirme ne pas avoir approuvé sa candidature. L’Union Africaine n’a pas validé cette nomination.
Cela pose la question : Macky Sall sera-t-il simplement le candidat du Burundi ?
Cette débâcle a également mis en lumière des critiques internes au Burundi. Le choix du ministre des Relations extérieures, Edouard Bizimana, est remis en question, accusé d’avoir mal conseillé le Président Ndayishimiye.
“Ceci est une première étape. Ces personnes qui dirigent le Burundi pensent que les affaires internationales fonctionnent de la même manière. Lorsque le Président Ndayishimiye a été désigné à la tête de l’Union Africaine, son épouse l’a félicité en disant qu’il devenait le Président de l’Afrique. Ils commencent maintenant à comprendre.”
Cette vision d’un président de l’UA comme un “président de l’Afrique” qui peut imposer sa volonté est perçue comme une grave erreur. Le rôle du Président de l’UA est d’être un médiateur entre égaux, non un souverain.
Cette affaire est un coup dur pour l’image de l’Afrique. Elle révèle un manque d’unité et de coordination au moment où le continent devrait afficher un front uni pour défendre ses intérêts sur la scène internationale, notamment pour des postes stratégiques comme celui de Secrétaire général de l’ONU.
L’incident est un rappel brutal que le leadership au sein de l’UA exige rigueur, consultation et respect des procédures établies. La crédibilité de l’Afrique, et de son nouveau président en exercice, en dépend.