Les crimes du groupe terroriste FDLR sont souvent évoqués à travers les massacres perpétrés contre les populations civiles dans les zones où il opère mais un côté largement méconnu concerne les femmes qui combattent au sein de ce groupe ainsi que celles vivant dans des familles retenues en captivité.
Certaines d’entre elles témoignent d’une vie extrêmement difficile, marquée par la clandestinité, les viols et diverses formes de violences, y compris de la part de ceux avec qui elles sont censées partager un même combat.
Mujawayesu Laurence est l’une de ces femmes ayant vécu longtemps au sein des FDLR, qui a été victime de violences à plusieurs reprises. Dans son témoignage, elle met en lumière les réalités sombres et souvent passées sous silence de ce groupe armé.
Elle fait partie d’un groupe des femmes ayant quitté les FDLR et suivi un programme de réinsertion au Centre de Mutobo, dans le district de Musanze, sous l’égide de la Commission nationale de démobilisation et de réintégration (RDRC).
Dans un entretien exclusif, Mujawayesu explique que la vie dans la forêt était particulièrement éprouvante.
« La vie là-bas était très difficile. J’y suis allée pendant la guerre des infiltrés. Une fois sur place, j’ai été formée jusqu’à devenir combattante. On nous disait que le pays avait été envahi par les Tutsi, présentés comme l’ennemi. On nous répétait également que Hutu et Tutsi ne pouvaient pas coexister dans un même pays », a-t-elle raconté.
Elle affirme que les viols et autres formes de violences constituent le quotidien de ces femmes dans les forêts de la RDC. C’est d’ailleurs cette situation qui l’a poussée à rentrer, malgré l’incertitude quant à son avenir.
« C’était une vie très difficile, et rien que d’y repenser me bouleverse en tant que femme. La dernière année, j’ai été violée et contrainte à devenir la compagne d’un homme sans y avoir consenti ni même envisagé. Je suis tombée enceinte », a-t-elle indiqué.
Elle raconte également avoir vu des femmes accoucher dans la brousse et mourir, ce qui renforçait son refus de s’approcher des hommes.
Elle souligne que les viols étaient banalisés, certaines femmes étant agressées sous la menace d’une arme à feu.
Dans son cas, l’auteur du viol était un responsable des FDLR. Elle est finalement rentrée au Rwanda où elle a donné naissance à son enfant.
Son parcours à la suite de son retour au Rwanda
Mujawayesu explique qu’elle pensait être tuée dès son retour au Rwanda. Pourtant, elle a commencé à retrouver espoir avant même d’y arriver, grâce aux personnes qui la rassuraient sur la sécurité du pays.
A son arrivée dans un camp de la MONUSCO à Burungu, elle a passé deux jours sans manger, paralysée par la peur d’être empoisonnée. Elle se montrait comme étant malade mais c’était la peur.
Finalement elle a été rassurée que le Rwanda était en paix et que rien n’arriverait à elle.
Elle affirme: « Une fois au Rwanda, j’ai refusé de manger par crainte. Les soldats rwandais ont compris que j’avais peur, ils ont partagé le repas avec moi, m’ont donné des vêtements et un matelas. J’ai dormi paisiblement pour la première fois. Ensuite, ils m’ont emmenée visiter Kigali, ce qui m’a permis de retrouver peu à peu mon humanité. »
Elle explique avoir été réintégrée dans la société et accueillie par sa famille, malgré une certaine méfiance persistante.
Par la suite, elle a rejoint une coopérative, où elle a progressivement repris confiance, commencé à faire du commerce, puis s’est mariée. Aujourd’hui, elle est mère de quatre enfants et affirme avoir retrouvé une vie stable.
Mujawayesu exprime sa gratitude envers l’État rwandais pour lui avoir offert une seconde chance, ainsi que pour les opportunités offertes à son enfant, qui a pu accéder à l’université grâce au soutien du gouvernement.
Elle lance enfin un appel aux personnes encore dans les forêts à rentrer au pays, à ne pas se laisser tromper par les discours des dirigeants des FDLR, affirmant que le Rwanda est aujourd’hui un pays en paix.