Le Rwanda plaide pour des investissements durables et prévisibles dans les systèmes de santé afin de mieux faire face aux futures pandémies. Pour Kigali, la préparation ne doit pas être activée uniquement lorsqu’une épidémie éclate, mais être intégrée de manière permanente au fonctionnement quotidien des services de santé.
S’exprimant à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies de 2026, lors d’une rencontre organisée par le Fonds pour les pandémies avec le Rwanda et l’Arménie, le Premier ministre rwandais, Dr Justin Nsengiyumva, a souligné l’urgence de cette approche.
Selon lui, le changement climatique, la transformation de l’utilisation des terres et l’intensification des déplacements des populations et des animaux créent des conditions favorables à la transmission de nouveaux agents pathogènes de l’animal à l’être humain.
Cette évolution intervient par ailleurs dans un contexte de recul de l’aide internationale au développement consacrée à la santé et d’essoufflement de la mobilisation mondiale née de la pandémie de COVID-19.
Pour le Rwanda, la préparation aux pandémies relève d’une expérience concrète plutôt que d’un simple enjeu de politique publique. Ces dernières années, le pays a été confronté à plusieurs menaces sanitaires, notamment la COVID-19, la mpox et, en 2024, sa toute première flambée de maladie à virus Marburg. Kigali reste également attentif au risque d’épidémies d’Ebola dans la région.
Le Rwanda a par ailleurs présidé le Fonds pour les pandémies jusqu’en juin 2026. Cette expérience, a expliqué le Premier ministre, a mis en évidence à la fois l’importance du financement de la préparation aux pandémies et l’ampleur des efforts encore nécessaires au Rwanda, dans la région et au niveau mondial.
Pour le Dr Nsengiyumva, les leçons tirées de ces différentes crises sont claires : les pays doivent disposer de financements réguliers et prévisibles pour renforcer leurs systèmes de santé avant que survienne une nouvelle urgence.
La réponse rwandaise à l’épidémie de Marburg en 2024 illustre, selon lui, les bénéfices d’un tel investissement. Lorsque les premiers cas sont apparus, le pays a pu s’appuyer sur des structures déjà opérationnelles — agents de santé communautaires, réseaux de surveillance épidémiologique, laboratoires et hôpitaux — et les mobiliser rapidement face à la nouvelle menace.
« Le système n’avait pas été conçu pour faire face spécifiquement à cette menace, mais il avait été construit pour accomplir sa mission quotidienne : préserver la santé de notre population. C’est précisément ce qui lui a permis de se mobiliser face à une menace inhabituelle », a déclaré le Premier ministre.
Renforcer l’approche « Une seule santé »
Le Rwanda entend désormais approfondir cette stratégie dans le cadre de son partenariat avec le Fonds pour les pandémies, en s’appuyant sur l’approche « Une seule santé » (One Health), qui considère la santé humaine, la santé animale et l’environnement comme étroitement liés.
Parmi les projets engagés figure la mise en place d’un laboratoire national de référence vétérinaire. Celui-ci doit permettre au Rwanda de détecter plus rapidement les maladies zoonotiques, susceptibles de se transmettre entre les animaux et les humains, tout en réduisant le recours à des analyses effectuées à l’étranger.
Pour le Dr Nsengiyumva, ces investissements deviennent d’autant plus nécessaires que le changement climatique et les transformations de l’environnement modifient la répartition géographique des vecteurs de maladies et des réservoirs animaux.
Mais aucune stratégie nationale ne peut, à elle seule, suffire. Les maladies infectieuses ignorent les frontières, rappelle le Premier ministre, qui appelle donc à renforcer également la coopération et les capacités régionales.
Investir avant la prochaine crise
Le véritable enjeu, estime le chef du gouvernement rwandais, n’est pas seulement de trouver des financements lorsqu’une épidémie est déjà en cours. Il consiste surtout à disposer, en amont, des ressources nécessaires pour maintenir les capacités de préparation entre deux crises.
Attendre qu’une épidémie se déclare avant d’investir expose les pays à des coûts bien plus élevés, notamment en raison des conséquences de plusieurs années de sous-investissement, a-t-il averti.
Le Premier ministre a ainsi appelé à garantir des financements nationaux prévisibles afin de maintenir les infrastructures de santé, les institutions et les personnels, tout en leur donnant les moyens de détecter rapidement les menaces émergentes et d’y répondre efficacement.
« Investir entre les crises, plutôt que d’attendre la prochaine », doit ainsi devenir un principe central de la préparation aux pandémies, a-t-il déclaré.
Pour le Rwanda, cette préparation ne doit surtout pas donner naissance à un système sanitaire parallèle. Les capacités nécessaires en temps de crise doivent au contraire être intégrées aux services de santé ordinaires, ceux-là mêmes qui assurent chaque jour les soins et la protection sanitaire des populations.
L’enjeu est donc de faire de la préparation aux pandémies non pas une réponse exceptionnelle à une crise exceptionnelle, mais une fonction permanente des systèmes de santé.