Le retour du général-major Sylvain Ekenge au poste de porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) suscite une vive réaction du ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, qui estime que cette réintégration soulève de sérieuses interrogations sur le traitement des discours de haine visant les Congolais Tutsi en RDC.
Le retour d’Ekenge est apparu publiquement le 25 septembre 2026, lorsqu’il a signé, en qualité de porte-parole des FARDC, un communiqué de l’état-major général annonçant notamment la mort de deux hauts responsables militaires dans un crash aérien à Kenge, dans la province du Kwango. Aucun communiqué officiel distinct annonçant la levée de sa suspension n’avait, au moment de ces publications, été identifié par plusieurs médias congolais.
Olivier Nduhungirehe a qualifié cette réintégration de « troublante et indécente à plus d’un titre ». Selon lui, elle constituerait, à ses yeux, un nouvel élément démontrant que les discours de haine visant les Congolais Tutsi ne relèveraient pas uniquement d’initiatives individuelles au sein des institutions congolaises.
Le ministre rwandais fait notamment référence aux propos tenus par Sylvain Ekenge le 27 décembre 2025 sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC). Lors de cette émission, l’officier avait notamment mis en garde les Congolais contre le mariage avec des femmes tutsi, avançant une théorie selon laquelle celles-ci feraient venir des hommes tutsi dans leurs familles afin d’avoir des enfants tutsi. Ces propos avaient provoqué une importante controverse.
À la suite de cette intervention, l’état-major général des FARDC avait annoncé la suspension d’Ekenge de ses fonctions de porte-parole, condamnant des propos qualifiés de stigmatisants et contraires aux valeurs républicaines. La RTNC avait également suspendu son directeur intérimaire des informations TV, auquel il était reproché d’avoir laissé diffuser ces propos.
En janvier 2026, le lieutenant-colonel Mak Hazukay Mongba avait été désigné porte-parole intérimaire des FARDC pour remplacer Ekenge.
Dans son message, Olivier Nduhungirehe établit un parallèle entre les propos tenus par Ekenge et le discours de propagande qui avait précédé le génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994.
Le ministre évoque notamment les « Dix Commandements du Hutu », publiés en 1990 par Hassan Ngeze, figure de la propagande extrémiste rwandaise ultérieurement condamnée par le Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Cette comparaison constitue toutefois une appréciation politique du ministre rwandais et non un constat établi par les autorités judiciaires concernant le retour d’Ekenge. Les faits établis sont que ses propos de décembre 2025 avaient été condamnés par sa hiérarchie et avaient entraîné sa suspension.
La réapparition d’Ekenge intervient alors que les tensions restent fortes autour de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et des relations entre Kinshasa et Kigali.
Son retour à la tête de la communication militaire congolaise donne ainsi une portée politique particulière à sa réapparition. Le premier communiqué signé par le général-major depuis sa suspension concernait un événement particulièrement sensible pour l’armée congolaise : le crash de Kenge, qui a coûté la vie à plusieurs hauts responsables militaires, dont le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalayi et le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi. Une enquête a été annoncée pour déterminer les circonstances de l’accident.
Pour Kigali, la question dépasse donc le simple changement de titulaire d’une fonction militaire. Dans son message, Nduhungirehe présente cette réintégration comme un signal politique sur la manière dont Kinshasa entend traiter les propos qui avaient été considérés, en décembre 2025, comme discriminatoires à l’égard des Tutsi.
À Kinshasa, aucune nouvelle justification publique de cette réintégration n’a été identifiée dans les sources consultées. Le fait que Sylvain Ekenge signe désormais à nouveau les communiqués officiels des FARDC constitue néanmoins une confirmation publique de son retour dans la communication de l’armée.