NEW YORK – Le Rwanda a de nouveau dénoncé devant le Conseil de sécurité des Nations unies la poursuite de la coopération opérationnelle entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), malgré les engagements pris dans le cadre du processus de Washington.
S’exprimant mardi 29 septembre 2026 lors de la réunion du Conseil de sécurité consacrée à la MONUSCO, le Représentant permanent du Rwanda auprès des Nations unies, Martin Ngoga, a déclaré que la neutralisation des FDLR et la fin de toute collaboration entre l’armée congolaise et ce groupe armé constituent des engagements centraux du processus de paix.
Selon Ngoga, des informations disponibles au Rwanda font état d’une « coopération opérationnelle continue » impliquant les FARDC, les FDLR, les Wazalendo et d’autres groupes armés alliés au cours de l’année 2026.
Le diplomate rwandais a présenté plusieurs exemples pour illustrer ce qu’il décrit comme un schéma continu de coopération entre janvier et août 2026.
Il a notamment indiqué que, les 10 et 11 février, un hélicoptère des FARDC et des camions militaires auraient transporté environ 13 tonnes de munitions de petit calibre vers Pinga et Kibua, dont six tonnes auraient ensuite été distribuées à des commandants des FDLR et d’autres groupes armés.
Le 8 mars, selon les informations citées par Ngoga, un hélicoptère des FARDC aurait acheminé 12 tonnes de munitions et des rations alimentaires à Ntoto. Ces approvisionnements auraient ensuite été distribués à des éléments des FARDC, des FDLR, de PARECO et de l’APCLS.
Le 31 mars, poursuit le représentant rwandais, des hélicoptères des FARDC auraient livré 693 fusils, six tonnes de munitions et des incitations financières destinés aux FDLR et à d’autres groupes armés.
Ngoga affirme que cette situation ne se serait pas limitée à ces trois incidents.
« Le schéma s’est poursuivi en avril, juin et juillet », a-t-il déclaré, avant de citer un autre cas daté du 15 août 2026, selon lequel les FARDC auraient opéré dans le territoire de Walungu aux côtés du CNRD/FLN, des FDLR et des Wazalendo/Nyatura.
Pour Kigali, l’importance de ces éléments ne réside donc pas dans un incident isolé, mais dans ce que le Rwanda présente comme la continuité d’un même schéma de coopération pendant la période où la neutralisation des FDLR devait justement progresser.
Le représentant rwandais a précisé que ces informations auraient été communiquées « en temps réel » aux mécanismes conjoints créés dans le cadre du processus de Washington, notamment le Joint Oversight Committee (JOC) et le Joint Security Coordination Mechanism (JSCM).
Selon le document officiel de la déclaration rwandaise, le JSCM dispose notamment d’un mandat pour suivre la mise en œuvre des arrangements sécuritaires, dont la neutralisation des FDLR.
Ngoga a également affirmé que les parties avaient déjà identifié et cartographié les positions des FDLR, y compris leurs structures de commandement politique et militaire.
Le diplomate rwandais s’est appuyé sur le rapport du Secrétaire général des Nations unies pour affirmer que les FDLR restent opérationnelles dans plusieurs territoires de l’Est de la RDC, notamment Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et Walikale.
Cette présence des FDLR constitue depuis longtemps l’une des principales préoccupations sécuritaires avancées par Kigali dans le conflit dans l’Est de la RDC.
Le Rwanda soutient que le problème ne concerne pas seulement l’existence du groupe armé, mais également les relations qu’il entretient avec certaines forces opérant sur le terrain.
Martin Ngoga a par ailleurs exprimé des réserves concernant les arrangements conclus entre le gouvernement congolais et des responsables des FDLR et de groupes qui leur sont affiliés.
Il a rappelé que le gouvernement de la RDC aurait conclu plusieurs protocoles avec des responsables des FDLR, le plus récent étant, selon lui, celui du 29 août 2026.
Pour Kigali, ces arrangements ne peuvent pas se substituer à l’obligation de neutralisation des FDLR prévue dans le cadre du processus de Washington.
« L’obligation est claire : les FDLR doivent être neutralisées, et cette neutralisation doit être effective, complète et vérifiable », a déclaré Ngoga.
Il a également appelé à une application des engagements fondée sur la vérification, affirmant que les déclarations sur la mise en œuvre des accords doivent pouvoir être vérifiées et que toutes les parties doivent être soumises aux mêmes critères.
Le Rwanda estime ainsi que la question des FDLR ne constitue pas un dossier secondaire dans les négociations sur la paix dans l’Est de la RDC.
Dans son intervention, Ngoga a rappelé que Kigali soutient les processus diplomatiques de Washington et de Doha et qu’il continue de participer aux mécanismes conjoints de supervision et de coordination sécuritaire.
Le Rwanda affirme également avoir pris des mesures visant à lever ses propres mesures défensives et propose la création d’un mécanisme de vérification tripartite associant le Rwanda, la RDC et les États-Unis, ces derniers jouant le rôle de médiateur.
Pour Kigali, l’enjeu est désormais de transformer les engagements diplomatiques en mesures concrètes et vérifiables sur le terrain.
Le débat intervient alors que la communauté internationale continue de chercher une solution politique à la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Le processus de Washington et les discussions de Doha constituent actuellement les principaux cadres diplomatiques soutenus par plusieurs acteurs internationaux.
Dans ce contexte, le Rwanda affirme que la persistance des FDLR et leur coopération alléguée avec des éléments des FARDC constituent l’un des principaux obstacles à la mise en œuvre des engagements sécuritaires.
Les affirmations relatives aux livraisons d’armes et aux opérations conjointes citées par Ngoga constituent toutefois, dans sa déclaration au Conseil de sécurité, des informations présentées par la partie rwandaise. Elles doivent être distinguées des éléments directement établis dans les rapports publics des Nations unies. L’un des éléments confirmés dans la déclaration rwandaise comme provenant du rapport du Secrétaire général est que les FDLR restent opérationnelles dans plusieurs zones de l’Est de la RDC.