L’existence d’une loi garantissant l’accès à l’information ne signifie pas nécessairement que ce droit est effectivement exercé par les citoyens. C’est l’un des principaux constats mis en avant par l’UNESCO à l’occasion de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, célébrée le 28 septembre 2026.
Selon les données de l’UNESCO, 141 pays disposent aujourd’hui de garanties juridiques en matière d’accès à l’information. Toutefois, plusieurs d’entre eux continuent de rencontrer d’importantes difficultés dans l’application de ces dispositions, notamment en matière de contrôle, de recours, d’application des décisions, de conservation et de gestion des données.
Un article publié par ImvahoNshya le 29 septembre souligne ainsi l’écart qui peut exister entre l’adoption d’une législation et sa mise en œuvre effective. L’UNESCO relève notamment que 51 pays étudiés n’ont pas été en mesure de fournir des informations sur leurs mécanismes de conservation des données, alors même qu’ils affirment disposer de systèmes ou de procédures dans ce domaine.
Pour l’UNESCO, les commissaires à l’information et les autres organismes chargés du contrôle jouent un rôle essentiel dans la transformation des dispositions légales en droits réellement applicables.
Cependant, ces institutions peuvent être confrontées à des mandats insuffisants, à des nominations tardives, à des restrictions budgétaires, à des limitations de leurs pouvoirs ou encore à des pressions susceptibles d’affecter leur indépendance.
« L’adoption ne signifie pas la mise en œuvre effective », soulignent les auteurs d’une tribune publiée par l’UNESCO. Ils insistent sur la nécessité de garantir aux organismes de contrôle une protection juridique, des pouvoirs suffisants, des ressources adéquates et une indépendance à l’égard des influences indues.
L’ampleur du problème apparaît également dans un test réalisé en 2025 conjointement par l’UNESCO et le Centre pour le droit et la démocratie. Sur 146 demandes identiques adressées dans 76 pays, 38 % n’ont reçu aucune réponse substantielle, tandis que seulement 42 % ont abouti à une divulgation complète. Le délai moyen de réponse était de 22 jours.
La question de l’accès à l’information prend une importance particulière dans un environnement numérique marqué par une circulation massive et rapide des contenus.
L’UNESCO souligne que les sociétés contemporaines disposent de plus d’informations que jamais, tout en étant confrontées à la confusion, à la manipulation et à la méfiance. Les algorithmes peuvent favoriser les contenus suscitant de fortes réactions, tandis que l’intelligence artificielle permet désormais de produire à grande échelle des contenus trompeurs mais crédibles.
Dans ce contexte, le droit de savoir ne relève pas uniquement de la transparence administrative. Il constitue également une condition permettant aux citoyens de comprendre les décisions prises en leur nom et de participer de manière éclairée à la vie publique.
L’accès insuffisant à l’information peut également avoir des conséquences économiques et sociales. Selon l’UNESCO, les cas individuels de désinformation pourraient entraîner chaque année des coûts compris entre 350 et 510 milliards de dollars américains, notamment à travers leurs effets sur la santé publique, les élections, l’action climatique, les pertes financières et la confiance dans les institutions.
Face à ces défis, l’UNESCO insiste sur le rôle du journalisme professionnel et indépendant. Les médias ne se limitent pas à transmettre des informations : ils les vérifient, les mettent en contexte, les confrontent à différentes sources et les rendent compréhensibles au public.
Cette fonction devient particulièrement importante dans un environnement où les réseaux sociaux permettent à pratiquement tout utilisateur de diffuser instantanément un contenu à une large audience, sans nécessairement procéder à sa vérification préalable.
L’UNESCO appelle ainsi les médias à privilégier la rigueur et la vérification plutôt que la seule recherche de diffusion ou d’audience. Elle souligne également l’importance de l’éducation aux médias et à l’information, de la vérification des faits et des sources ouvertes, ainsi que de la coopération entre journalistes au-delà des frontières.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’information et de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, les auteurs appellent les différents acteurs de l’écosystème informationnel à renforcer leurs responsabilités.
Les gouvernements sont invités à appliquer effectivement les lois sur l’accès à l’information et à protéger les mécanismes de contrôle indépendants. Les plateformes numériques et les entreprises technologiques sont, elles aussi, appelées à assumer leurs responsabilités dans les espaces informationnels qu’elles contribuent à créer.
Quant aux médias, ils sont encouragés à faire de la rigueur une priorité, afin que les citoyens puissent disposer d’informations fiables et vérifiées.
L’enjeu dépasse donc la seule question administrative de l’accès aux documents publics. Dans un environnement où la désinformation peut se propager rapidement, la possibilité pour les citoyens d’accéder à des informations fiables, de les vérifier et de comprendre les décisions publiques apparaît comme un élément essentiel de la confiance dans les institutions et de la participation à la vie publique.